Par Gédéon Antibu
Le débat sur le référendum voulu par le pouvoir continue de dominer les débats RDC. Alors que le Parlement a déjà adopté la loi sur le référendum et que le processus semble avancer vers sa promulgation, plusieurs partis d’opposition continuent de dénoncer une initiative qu’ils jugent dangereuse dans le contexte actuel. Leur principal argument est simple : comment organiser une consultation nationale alors qu’une partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu échappe toujours au contrôle de l’État congolais ? Pour eux, modifier la Constitution dans ces conditions risque d’écarter de fait des millions de citoyens d’un choix qui concerne pourtant l’avenir de toute la nation.
Depuis plusieurs mois, les opposants au projet mettent en garde contre ce qu’ils considèrent comme un risque de balkanisation du pays. Selon eux, les populations vivant dans les territoires sous contrôle de l’AFC/M23 ont les mêmes droits que tous les autres Congolais. Elles ne peuvent donc pas être absentes d’un processus destiné à redéfinir les règles fondamentales de fonctionnement du pays. Pour eux, la priorité devrait d’abord être le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire avant toute consultation portant sur la Constitution.
C’est dans ce contexte que les déclarations du président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, ont particulièrement retenu l’attention. En clôturant la session parlementaire de mars 2026, il a tenu à adresser un message aux populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Son intervention visait à réaffirmer l’unité du pays face à la guerre et à rassurer les habitants des zones affectées par le conflit sur leur place au sein de la nation congolaise.
« C’est ici le lieu de dire tout haut à tous ceux qui croient que nos frères et sœurs vivant dans les territoires occupés peuvent renoncer à leur appartenance nationale ou pactiser contre la patrie, de se tromper car nous demeurons en parfaite communion avec eux et continuons à défendre ensemble sans relâche l’unité nationale, l’intégrité territoriale et la souveraineté de notre pays. En effet, notre plus grande arme face à l’adversité n’est pas seulement militaire, c’est avant toute chose notre sens élevé du patriotisme, notre unité nationale et notre résilience », a-t-il dit.
Ces propos ont été salués parce qu’ils rappellent que les populations vivant dans les territoires occupés restent pleinement congolaises malgré la guerre. Mais ils ramènent également une question qui rejoint précisément les inquiétudes exprimées par l’opposition. Si ces citoyens demeurent en « parfaite communion » avec le reste du pays et continuent à participer à la défense de l’unité nationale, comment justifier qu’une consultation aussi importante qu’un référendum puisse se tenir alors qu’une partie d’entre eux risque de ne pas pouvoir y prendre part ?
Pour les opposants, c’est là toute la contradiction. Ils estiment que les déclarations d’Aimé Boji démontrent indirectement que le pouvoir connaît parfaitement la sensibilité de cette question. Car si le président de l’Assemblée nationale ressent le besoin de rappeler avec autant d’insistance que les habitants des territoires occupés restent attachés à la RDC, c’est qu’il sait lui-même que leur situation soulève des interrogations sur leur participation aux grandes décisions nationales.
L’opposition va même plus loin. Elle affirme que toute modification de la Constitution sans la participation effective d’une partie de populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu risque de donner l’impression que ces citoyens sont abandonnés par Kinshasa. Dans un contexte où les groupes rebelles cherchent déjà à imposer leur dictat dans plusieurs territoires, certains craignent qu’une telle situation ne fournisse de nouveaux arguments à ceux qui rêvent d’affaiblir davantage les liens entre ces régions et le reste du pays.
La véritable question n’est donc plus seulement celle du référendum lui-même. Elle concerne aussi la place que l’État réserve aux populations vivant dans les territoires occupés. Si elles sont réellement considérées comme faisant pleinement partie de la nation, comme l’affirme Aimé Boji Sangara, beaucoup estiment qu’elles doivent également pouvoir participer aux choix qui engagent l’avenir de la République. C’est précisément pour cette raison que ses déclarations apparaissent aujourd’hui, aux yeux de certains observateurs, comme un argument qui rejoint paradoxalement les craintes exprimées depuis plusieurs mois par l’opposition. Peut-être, conscient de la situation, le régime s’obstine à vouloir changer la constitution pour leurs intérêts politiques, s’en foutant totalement de ce à quoi cela pourrait conduire.













