Du Tchad à la RDC : après la libération de l’opposant Succès Masra, Félix Tshisekedi, ancien médiateur de la crise tchadienne, appelé à décrisper son propre pays

Du Tchad à la RDC : après la libération de l’opposant Succès Masra, Félix Tshisekedi, ancien médiateur de la crise tchadienne, appelé à décrisper son propre pays

Félix Tshisekedi avait été désigné médiateur dans la crise politique au Tchad, dans un contexte marqué par des tensions entre le pouvoir et l’opposition. En 2023, sa mission avait notamment débouché sur des discussions avec plusieurs acteurs politiques tchadiens, dont Succès Masra, principal opposant au régime de Mahamat Idriss Déby. Un accord avait été trouvé et Masra avait pu rentrer au pays avant d’être nommé Premier ministre.

Par Charles Muhindo

Mais cette situation n’a pas duré longtemps. Succès Masra a quitté le gouvernement et s’est retrouvé de nouveau opposé au pouvoir en place au Tchad. Arrêté en mai 2025, il avait été condamné à 20 ans de prison. Cependant, le 14 août 2026, Mahamat Idriss Déby a finalement décidé de le gracier, avec plusieurs autres leaders de l’opposition. Une décision dont l’objectif vise à calmer la crise politiques au Tchad.

C’est justement à ce niveau que la situation tchadienne rejoint celle de la RDC. Félix Tshisekedi avait été appelé à aider les acteurs tchadiens à sortir de leur crise politique. Quelques années plus tard, c’est dans son propre pays que les appels à la décrispation et la cohésion se multiplient. L’opposition demande l’ouverture d’un dialogue national inclusif sincère où des linges sales doivent se laver mais avant cela, des mesures concrètes pour décrisper la situation.

Parmi les revendications figurent notamment la situation des acteurs politiques poursuivis ou détenus, mais aussi celle de certains opposants qui vivent en dehors du pays. Les cas de Joseph Kabila et de Matata Ponyo qui sont par exemple en exil et visés par des procédures judiciaires. D’autres acteurs politiques sont également détenus ou simplement en exil. Pour l’opposition, il devient difficile de parler d’un dialogue réellement inclusif si ces questions ne sont résolues avant tout.

Les coalitions C64, Sauvons la RDC ont d’ailleurs fait de la décrispation l’une de leurs principales revendications pour participer aux assises annoncées par le chef de l’Etat. Elles demandent des gestes concrets avant tout dialogue et estime que les différentes parties doivent se retrouver dans un climat moins apaisé et qui rassure. L’échéance du 15 août, fixée par cette plateforme, est donc finalement arrivée sans que cette question de la décrispation ne soit vidée.

La libération par grâce présidentielle de Succès Masra donne ainsi un nouvel argument à ceux qui demandent à Félix Tshisekedi de faire un pas dans la même direction. Le président congolais connaît bien le dossier tchadien. Il avait lui-même été impliqué dans les efforts pour concilier le pouvoir et l’opposition. Aujourd’hui, il peut difficilement ignorer qu’au Tchad, après plusieurs mois de crise, le pouvoir en place vient de poser un geste envers l’un de ses principaux adversaires en vue d’apaiser le climat.

Cela ne veut pas dire que le président tchadien a réglé tous les problèmes politiques de son pays. Mais la décision de gracier Succès Masra montre au moins qu’un pouvoir peut décider, à un moment donné, de mettre fin aux tensions avec ses adversaires, s’il le décide. En RDC, les mêmes questions sont aujourd’hui posées à Félix Tshisekedi : faut-il continuer à crisper la situation politique avec comme conséquences les divisions des citoyens en pleine crise sécuritaire ou faut-il poser des gestes susceptibles de créer un climat rassurant toutes les parties ?

Félix Tshisekedi, ancien médiateur de la crise tchadienne, se retrouve donc face à son propre miroir. Il avait été appelé à aider les autres à faire la paix sur le plan politique. Aujourd’hui, c’est dans son propre pays que des acteurs politiques lui demandent de faire la même chose. La libération de Succès Masra pourrait ainsi servir de leçon : avant même de parler d’un grand dialogue national, quelques gestes envers les adversaires peuvent déjà contribuer à faire calmer les esprits et à rassurer. Ainsi, Tshisekedi va-t-il tirer des leçons du pays où il a joué à la médiation. Wait and see.

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