La décision de la RDC de transférer son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem n’est pas un simple changement d’adresse. Il s’agit d’une question très sensible au niveau international. Depuis plusieurs années, la plupart des pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël maintiennent leurs ambassades à Tel-Aviv. Cela s’explique principalement par le statut de Jérusalem, au cœur du conflit entre Israël et les Palestiniens.
Par Charles Muhindo
Israël considère Jérusalem comme sa capitale, y compris sa partie Est, occupée en 1967 puis annexée. Cette annexion n’est toutefois pas reconnue par la majorité de la communauté internationale. De leur côté, les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur État. C’est notamment pour cette raison que plusieurs pays ont choisi d’établir leurs ambassades à Tel-Aviv, afin de ne pas prendre clairement position sur le statut de Jérusalem avant la conclusion d’un accord entre les différentes parties.
En décidant de transférer son ambassade à Jérusalem, la RDC fait donc un choix qui peut être interprété comme une prise de position favorable à la position israélienne sur le statut de la ville. Les États-Unis ont notamment pris une décision similaire en 2018. Pour Israël, l’installation d’une ambassade étrangère à Jérusalem revêt une forte portée symbolique, puisqu’elle peut être perçue comme une reconnaissance de la ville en tant que capitale du pays.
Il n’est pas faux de constater que Kinshasa s’est de nouveau rapprochée d’Israël lors du dernier séjour du président Félix Tshisekedi dans le pays. Sur place, le chef de l’État congolais a affiché sa volonté de renforcer la coopération entre les deux pays dans plusieurs domaines, notamment l’agriculture, l’eau et la sécurité. Le transfert de l’ambassade peut ainsi être considéré comme un geste venant consolider ce rapprochement.
Mais il reste à déterminer jusqu’où Kinshasa entend aller dans cette nouvelle dynamique et surtout quelles pourraient être les conséquences de cette décision sur ses autres relations internationales. Le risque évoqué est celui d’un éventuel malaise avec des États qui privilégient une position de neutralité sur le statut de Jérusalem.
La RDC entretient en effet des relations avec plusieurs pays arabes ainsi qu’avec d’autres partenaires attachés à la position internationale sur le statut de Jérusalem. Le transfert de l’ambassade ne signifie évidemment pas que Kinshasa cessera de coopérer avec ces États. Toutefois, la RDC pourrait être amenée à expliquer davantage son choix et à rassurer certains de ses partenaires sur sa politique étrangère concernant le conflit israélo-palestinien.
Le risque serait surtout de voir cette décision compliquer certaines relations diplomatiques, notamment avec des pays arabes et certains États africains qui demeurent attachés à une position prudente sur la question de Jérusalem.
Faut-il pour autant parler d’un choix hasardeux ? Ce serait peut-être aller trop loin. La RDC dispose du droit de définir ses priorités diplomatiques, de choisir ses partenaires et de défendre ses intérêts nationaux. Mais le choix de Jérusalem n’est pas une décision diplomatique ordinaire. Il intervient sur un dossier particulièrement sensible et susceptible de susciter des réactions au-delà des relations bilatérales entre Kinshasa et Tel-Aviv.
Kinshasa devra donc démontrer que les bénéfices attendus de son rapprochement avec Israël, notamment dans les domaines de la sécurité et de l’économie, sont à la hauteur des éventuels coûts diplomatiques que ce choix pourrait engendrer.













