RDC : La tenue d’un dialogue véritablement inclusif s’éloigne de plus en plus

RDC : La tenue d’un dialogue véritablement inclusif s’éloigne de plus en plus

Le dialogue national « inclusif » tant attendu en RDC semble s’éloigner de plus en plus. Alors que Félix Tshisekedi a annoncé des assises pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, l’ordonnance publiée le 13 septembre est totalement venue placer les discussions sous son autorité. Le comité chargé de préparer la commission du dialogue sera composé de responsables désignés par lui, qu’il peut également relever de leurs fonctions s’il le désire. Le comité devrait par ailleurs lui rendre compte régulièrement de ses travaux.

Par Charles Muhindo

En face, les opposants rejettent ce format, dénonçant la mainmise de Félix Tshisekedi sur le processus. Lors d’un panel scientifique organisé par la CENCO mercredi 16 septembre au Centre interdiocésain de Kinshasa, Marie-Ange Mushobekwa a posé trois conditions du camp de Joseph Kabila : la libération de tous les opposants politiques, une médiation neutre assurée par la CENCO et l’ECC, avec l’accompagnement de l’Union africaine et de l’ONU, ainsi que la tenue du dialogue dans un pays différent de la RDC, rejetant un dialogue piloté par les institutions congolaises.

En parallèle, Martin Fayulu, président du parti Ecidé, a, à cette même occasion, insisté sur l’inclusivité de ces éventuelles assises, estimant que l’exclusion de la rébellion de l’AFC-M23 pourrait formaliser la balkanisation du pays. Cependant, la majorité au pouvoir campe sur sa position. L’ordonnance présidentielle du 13 septembre n’a pas donné d’amples détails sur les composantes de ce comité, ni précisé le calendrier, ainsi que les critères définitifs de participation.

Dans le contexte actuel, les positions de la majorité et de l’opposition restent opposées. Alors que le pouvoir tient à garder le contrôle total sur le dialogue, une grande partie de l’opposition demande que ce contrôle exige une médiation neutre sans influence du régime. Deux positions qui éloignent tout compromis possible, du moins, pour l’instant. Les deux camps sont de nouveau aux extrêmes alors que les signaux semblent émettre des étincelles qui rassurent. La preuve est que la marche de la C64 du 15 septembre s’est terminée en queue de poisson à Kinshasa, à la suite des affrontements entre les manifestants, les militants proches du pouvoir et les forces de l’ordre, faisant un mort dans les rangs des manifestants.

Face à la persistance des divergences, le dialogue risque de demeurer dans les discours et les annonces sans actions concrètes. Avant d’aborder les sujets sensibles, les protagonistes devront s’accorder sur le format et le statut des participants. Dans le cas où une partie semble lâcher la chèvre et garder la corde, l’inclusivité du dialogue est compromise.

Selon les observateurs, cette posture est un stratagème pour gagner du temps, mais le problème réside dans la multiplication des crises à gérer dans le pays. La guerre dans l’Est continue de faire des ravages et la crise politique s’enlise. À cela s’ajoute l’épidémie d’Ebola, qui nécessite les efforts des autorités sanitaires. Dans ce contexte, il semble imprudent de tirer à longueur des initiatives qui auraient dû trouver une partie des solutions aux crises multiformes dans le pays.

Le plus inquiétant est le fait qu’au lieu de concilier les vues, les deux camps semblent aujourd’hui revenir à la case de départ. Le pouvoir avance avec son propre jeu, l’opposition pose ses propres préalables, chacun campant sur sa position. Mais, jusque quand ? Car, à ce rythme, le dialogue national inclusif tant espéré paraît de plus en plus difficile à organiser. Et si aucun des deux camps ne bouge, ce n’est pas seulement le dialogue inclusif qui risque de ne pas avoir lieu dans les prochains jours : c’est le dialogue tout court qui risque de ne jamais avoir lieu dans le pays, alors que les solutions aux crises en cours, elles, ne doivent pas attendre.

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