Les autorités congolaises assurent depuis quelques jours que l’épidémie d’Ebola a dépassé son pic et que la courbe commence à s’infléchir. Le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba, le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, ainsi que le professeur Jean-Jacques Muyembe ont tenu un discours allant dans ce sens. Mais cette lecture n’est pas entièrement partagée par Africa CDC. Son directeur général, Jean Kaseya, estime que les données disponibles ne permettent pas encore de confirmer que le pic a été atteint et affirme que l’épidémie n’est « pas sous contrôle ».
Par Charles Muhindo
Jean-Jacques Muyembe s’est montré plus précis sur la situation dans les provinces touchées. Après sa mission en Ituri, il a expliqué que la situation commençait à s’améliorer dans cette province, considérée comme l’épicentre de l’épidémie. Selon lui, la courbe y est descendante. Il a toutefois relevé une tendance différente au Nord-Kivu, où la courbe reste orientée à la hausse.
Pour le spécialiste congolais, les données doivent donc être analysées en tenant compte des réalités propres à chaque province et à chaque zone de santé.
Patrick Muyaya a, de son côté, relayé la position de l’équipe scientifique congolaise sur l’évolution de l’épidémie. Le gouvernement estime que la baisse du nombre de nouveaux cas et de décès enregistrés dans plusieurs zones montre que la riposte commence à produire des résultats. Les autorités continuent toutefois d’appeler à la vigilance, notamment dans le suivi des personnes ayant été en contact avec les malades.
La situation n’est donc pas présentée comme réglée, mais comme une épidémie dont la courbe commencerait à s’inverser dans certaines zones.
C’est à ce niveau que la déclaration de Jean Kaseya apporte une nuance importante au discours des autorités congolaises. Le directeur général d’Africa CDC reconnaît que le nombre de cas connaît un « plateau », mais refuse d’y voir la preuve que le pic de l’épidémie est déjà passé.
« Les données dont nous disposons ne permettent pas de confirmer que le pic de l’épidémie a été atteint », a-t-il prévenu.
« Personne ne peut venir dire que l’épidémie est sous contrôle. Personne ! », a-t-il ajouté.
Pour Africa CDC, la baisse constatée dans certaines zones ne suffit donc pas à conclure à une maîtrise de l’épidémie dans l’ensemble des régions touchées.
Des données qui peuvent être interprétées différemment
Mais pourquoi cette différence d’appréciation entre les autorités sanitaires congolaises et l’agence de santé de l’Union africaine ?
Une partie de l’explication pourrait résider dans les disparités observées sur le terrain. Alors que l’Ituri connaît une amélioration, certaines zones du Nord-Kivu continuent d’enregistrer de nouveaux cas. La période d’observation peut également influencer l’interprétation d’une courbe épidémique. Une baisse observée sur quelques jours ou limitée à certaines zones ne suffit pas nécessairement à confirmer que le pic est définitivement passé.
Cette divergence de lecture soulève toutefois des interrogations sur la fiabilité et l’interprétation des données disponibles. Peut-on pour autant parler d’une manipulation intentionnelle des chiffres ? Les éléments actuellement évoqués ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une telle conclusion.
Si Africa CDC maintient ses inquiétudes, il convient également de comprendre pourquoi son appréciation diffère de celle des responsables congolais, alors même que ces derniers reconnaissent que la situation demeure préoccupante dans certaines zones.
En définitive, les deux positions ne sont pas nécessairement totalement contradictoires sur l’évolution locale de l’épidémie. Kinshasa affirme que le pic a été atteint et que la courbe commence à descendre dans plusieurs zones, tandis qu’Africa CDC estime que les données disponibles sont encore insuffisantes pour confirmer cette tendance à l’échelle de l’ensemble de l’épidémie.
Le principal point de convergence reste donc que la situation évolue différemment selon les zones. Une amélioration est observée notamment en Ituri, tandis que la circulation du virus demeure active dans certaines parties du Nord-Kivu.













