Par Emmanuel Medina
Le général-major Robert Anvul Yav et le général de brigade André Ehonza Uketi ont comparu ce vendredi 25 septembre 2026 à Kinshasa. Après plus d’un an et demi de détention, les deux hauts gradés de l’armée congolaise répondent de la perte successive de plusieurs positions clés au Sud-Kivu face aux rebelles de l’AFC/M23. Ils encourent la peine de mort.
Le rendez-vous judiciaire tant attendu a débuté au palais de justice de Kinshasa. Extraits de la prison militaire de Ndolo, les généraux-majors Robert Anvul Yav ancien commandant de la région militaire au Sud-Kivu et André Ehonza Uketi ex-commandant des opérations Sukola 2 Nord ont officiellement décliné leur identité devant les juges de la Haute Cour militaire.
Les griefs retenus contre eux par le ministère public sont particulièrement lourds : « lâcheté », « démoralisation des troupes », et abandon de positions stratégiques sans opposer de résistance. Les faits remontent au début de l’année 2025, au moment de l’offensive fulgurante menée par la coalition AFC/M23 dans la province du Sud-Kivu, dans la foulée de la prise de Goma.
Selon l’acte d’accusation égrainé par le greffier, la justice militaire reproche aux deux officiers d’avoir cédé du terrain sans combattre, entraînant la perte successive de Minova, Kalehe, Kavumu, Katana, puis de la ville stratégique de Bukavu.
Il est notamment reproché au général Robert Anvul Yav d’avoir quitté Bukavu quelques jours avant l’arrivée des combattants rebelles. L’officier avait replié son quartier général à Nyangezi, à une vingtaine de kilomètres de là, officiellement pour tenter de réorganiser des unités en déroute dont certaines se sont livrées à des pillages. C’est dans cette localité qu’il avait été rejoint par le général André Ehonza Uketi après la débâcle. Pour l’accusation, les deux commandants auraient purement et simplement choisi de renoncer à toute contre-offensive.
Un autre volet accablant pèse sur le général Robert Anvul Yav. À Lumbishi, dans le territoire de Kalehe, il lui est reproché d’avoir fourni des mortiers de 82 mm ainsi que des mitrailleuses PKM aux miliciens Wazalendo, alors qualifiés de « troupes amies ». Problème majeur selon le ministère public : une partie de ces armes était défectueuse et les munitions fournies étaient périmées. Il est également accusé d’avoir engagé des hostilités sans disposer d’un potentiel offensif adéquat.
De son côté, le général André Ehonza Uketi se voit reprocher d’avoir accentué la panique au sein des forces armées de la RDC (FARDC) en surestimant de manière disproportionnée les capacités logistiques et humaines de l’ennemi.
Lors des premières auditions menées par le renseignement militaire et l’auditorat général, les deux prévenus ont fermement rejeté l’idée d’une capitulation volontaire. Ils ont mis en avant la réalité du terrain, affirmant que les forces de l’AFC/M23 disposaient d’une supériorité numérique et d’un armement largement supérieur aux leurs.
Dès l’ouverture de cette première audience, les avocats de la défense ont sollicité un délai afin de pouvoir examiner l’ensemble des pièces du dossier. Sensible à cette requête, la Haute Cour militaire a prononcé le renvoi de la cause. Le procès reprendra le 9 octobre prochain, date à laquelle débuteront les débats au fond. Face au spectre de la peine de mort, ce procès s’annonce d’ores et déjà comme un test crucial pour l’obligation de redevabilité au sein du haut commandement militaire congolais.













