Le crash de Kenge, dans la province du Kwango, a fait officiellement 17 morts le vendredi 25 septembre. L’avion, un Let L-410 de la compagnie Tracep, immatriculé 9S-GUC, venait d’Ilebo après un trajet Ndolo-Kikwit-Ilebo, selon des informations relayées à ce sujet. La cause du crash n’est pas encore connue et la boîte noire n’a pas encore été retrouvée. Mais un fait évoqué après l’accident ne peut qu’attirer l’attention de plus d’un observateur : en difficulté, le pilote aurait cherché un endroit pour poser l’appareil en urgence avant de s’écraser dans une parcelle à Manzau.
Par Charles Muhindo
Mais pourquoi n’a-t-il pas pu utiliser l’aérodrome de Kenge ? Dans quel état se trouve-t-il d’ailleurs et permet-il réellement à un avion d’y atterrir ? Ces questions concernent directement les responsables de l’aviation civile et la Régie des voies aériennes (RVA). Un ingénieur géomètre, Guylain Mukasa, affirme que l’ancien aérodrome de Kenge est aujourd’hui totalement entouré de maisons et qu’il ne permet plus aux avions de s’y poser. Des affirmations qui restent toutefois à vérifier.
Mais si le pilote n’avait réellement aucune possibilité de se poser sur une piste à Kenge, il faudra alors savoir pourquoi cette situation existe dans une ville qui est le chef-lieu du Kwango. Qui est chargé de surveiller la situation de l’aérodrome ? Qui doit empêcher les habitants de construire dans les zones qui doivent rester libres autour d’une piste d’atterrissage ? Et depuis quand les autorités étaient-elles informées de l’état de cette infrastructure ? Les réponses à ces questions permettraient déjà de savoir si l’accident s’est produit uniquement dans les airs ou s’il y avait aussi un problème au sol.
La compagnie Tracep devra également s’expliquer sur l’appareil qui a été impliqué dans l’accident, notamment sur son entretien et les conditions dans lesquelles il était exploité. Des informations qui circulent depuis le crash affirment que le Let L-410 est un appareil construit vers les années 1970. Il est vrai que son âge, à lui seul, ne permet pas de dire qu’il était dangereux. Il faudra plutôt examiner les documents de maintenance, les contrôles techniques, les autorisations de vol et les éventuels problèmes connus avant le vol. Si l’avion était régulièrement contrôlé et déclaré apte à voler, les documents doivent le montrer. Dans le cas contraire, la responsabilité de ceux qui l’ont maintenu dans les airs devra également être mise sur la table.
Le ministère des Transports devra aussi donner des explications sur le contrôle exercé sur les compagnies et les appareils qui circulent dans le pays. Le ministre n’est évidemment pas automatiquement responsable d’un accident parce qu’un avion s’est écrasé. Mais son ministère et les services qui en dépendent ont la charge de veiller au respect des règles dans leur secteur. La RVA, les services de l’aviation civile et la compagnie devront donc être interrogés, chacun selon les responsabilités qui sont les siennes. Si des manquements sont constatés, ceux qui en avaient la charge devront répondre.
Pour les 17 personnes mortes à Kenge, l’enquête devra aller plus loin et ne pas seulement s’arrêter à l’hypothèse d’un problème technique ou aux éventuelles conditions météorologiques. Il faudra savoir si l’avion était autorisé à voler dans les conditions où il se trouvait, si son entretien était régulier et conforme, si l’aérodrome de Kenge était utilisable en cas d’urgence et pourquoi le pilote s’est retrouvé contraint de chercher une parcelle pour tenter de sauver les passagers plutôt que de se poser sur cette piste. Qui savait quoi ? Qui devait contrôler quoi ? Et qui n’a pas fait ce qu’il devait faire ?
Ce sont les réponses à ces questions qui permettront de déterminer les responsabilités et, au besoin, de tirer les conséquences qui s’imposent.













