Par Patient MBY
Alors que les réactions positives fusent de partout, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege reste quant à lui sceptique par rapport à l’accord de paix global signé entre les ministres des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo et du Rwanda ce vendredi 27 juin 2025 à Washington.
Lors de son discours tenu à l’occasion de la soirée-concert pour la paix à Wolubilis ce vendredi, le candidat à la présidentielle de 2023 a évoqué le caractère « opaque et non inclusif » de cet accord dès la déclaration des principes entre Kinshasa et Kigali sous les bons offices du secrétaire d’État américain Marco Rubio en avril 2025. Il estime que les États-Unis n’ont pas établi correctement les responsables dans cette guerre en reconnaissant que le Rwanda est un « État agresseur qui défie chaque jour le droit international en toute impunité » et que la RDC est un « pays agressé qui subit de pleins fouets les effets néfastes d’une géopolitique cynique ».
Pour lui, malgré les prescrits de l’accord exigeant le respect de l’intégrité territoriale de la RDC et l’interdiction de soutien aux Forces négatives entre les deux parties, « diverses dispositions montrent que les graines de la prolongation du conflit sont plantées » dans un contexte où le retrait des Forces rwandaises semble désormais conditionné par la neutralisation des FDLR, tandis que les RDF devraient continuer leurs opérations dans la région du Kivu dans le cadre de l’éventuel mécanisme conjoint de sécurité entre le Rwanda et la RDC, pourtant accusés d’avoir orchestré des massacres des populations civiles dans les parties occupées par le M23.
Face aux omissions systématiques de certaines réalités dans la signature de cet accord, le docteur Denis Mukwege pense que « le régime de Kinshasa a abandonné sa souveraineté aux mains des forces d’agression, et légitimise l’occupation et les opérations d’une armée à la base de millions de morts, de centaines de milliers de femmes violées et du déplacement de millions de Congolais ».
Il doute par ailleurs, que l’accord bilatéral scellé à Washington puisse consolider une paix durable alors que le facilitateur américain n’a pas pris en compte la dimension régionale de crise qui frappe l’Est de la RDC.
« Je regrette de vous dire que j’ai donc toutes les raisons de croire que l’accord signé aujourd’hui à Washington n’augure pas d’une sortie de crise pour notre population qui souffre », a-t-il déclaré.
Enfin, le prix Nobel de la paix a exhorté le président de la République à soumettre cet accord à l’Assemblée nationale pour l’examiner. Au cas contraire, il appelle la population à une révolution « démocratique » pour exiger de recouvrer la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.











