À Beni, au Nord-Kivu, le vécu quotidien des citoyens est déjà marqué depuis plusieurs années par une insécurité qui ne finit pas. Cette ville et les entités voisines sont constamment touchées par les attaques répétées des rebelles ADF, un groupe armé terroriste considéré comme le plus cruel et inhumain du pays. Depuis 2014, les habitants vivent dans une peur permanente, craignant pour leur vie dans ce conflit où les assaillants ont imposé une guerre asymétrique à l’armée congolaise. Dans cette zone, la population est confronté à la mort, aux enlèvements, à la destruction de leurs moyens de subsistance, etc. Dans presque chaque famille, il y a un proche qui a été tué, enlevé ou contraint de fuir. Beaucoup ont abandonné leurs champs, d’autres sont déplacés, et ceux qui restent tentent de survivre dans des zones devenues surpeuplées suite à l’afflux des déplacés. Cette situation pèse déjà fortement sur la population, qui n’a jamais vraiment connu de répit depuis plus de 10 ans maintenant.
À cette insécurité vient maintenant s’ajouter une nouvelle difficulté : la flambée du prix du carburant. En seulement quelques jours, la situation a complètement empiré pour les Congolais de cette région. Alors qu’il y a peu, un litre d’essence se vendait encore autour de 3.500 francs congolais, le prix ont brusquement grimpé, atteignant 5.000, puis 8.000, et parfois jusqu’à 10.000 voire 15.000 francs le litre. Cette hausse rapide surprend et surtout désoriente les habitants, qui ne comprennent pas comment un produit aussi essentiel peut devenir aussi cher en si peu de temps. Pour eux, c’est une charge de plus qui ne fait que remuer le couteau dans la plaie dans cette vie déjà difficile, où chaque dépense doit être prise au sérieux si l’on tient réellement à survivre.
Les conséquences de cette hausse se font sentir immédiatement dans la vie de tous les jours. Le transport, qui est étroitement lié au carburant, devient presque inaccessible pour une grande partie de la population. Les prix des courses ont doublé, parfois même triplé, obligeant de nombreuses personnes à se déplacer à pied sur de longues distances, ne sachant à quel saint se vouer. Dans certains quartiers, des motos et des véhicules connaissent des pannes sèches faute de carburant et peinent à se ravitailler à cause du prix si cher. Cette situation ralentit les activités économiques, rend compliqués les déplacements. Les habitants s’estiment abandonnés à leur sort.
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cette augmentation soudaine. Certains évoquent la situation internationale, notamment le conflit au Moyen-Orient (Iran), qui perturbe l’approvisionnement en carburant. Mais sur place, beaucoup estiment que ces facteurs extérieurs ne sont pas seuls pour justifier une telle flambée. La question des taxes revient souvent dans les discussions. Des voix s’élèvent pour dénoncer des taxes exhorbitantes sur les produits pétroliers, qui finissent par être répercutées sur le consommateur final qui est la population. Dans l’opinion, il se développe ainsi l’idée que la population paie le prix de décisions prises par les dirigeants du pays, qu’ils soient nationaux ou provinciaux.
D’autres tentent toutefois d’apporter des précisions sur cette question fiscale. Selon certaines explications d’un internaute de Beni, les montants perçus ne seraient pas de nouvelles taxes improvisées, mais plutôt des frais déjà intégrés dans la structure officielle des prix, notamment pour financer des infrastructures comme les routes. Une partie de ces recettes serait partagée entre le pouvoir central et les provinces. Mais même dans cette hypothèse, l’inquiétude persiste, car pour les habitants, le résultat reste le même : un carburant devenu inaccessible dans un contexte sécuritaire déjà très délicat.
Ainsi, à Beni, la population se retrouve aujourd’hui écartelée entre une insécurité qui dure depuis des années et une crise économique qui s’y ajoute et s’aggrave. La situation était déjà intenable pour ces Congolais et la hausse du carburant n’est que comme un facteur supplémentaire qui ne vient qu’accentuer leur souffrance. Quoiqu’il en soit, malgré la peur, la pauvreté et la hausse du coût de la vie, nombreux continuent malgré tout de tenir, dans l’espoir que la situation s’améliore, même si, comme on le dit souvent, qui vit d’espoir meurt de faim.










