Par pierre Kabakila
Le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo affirme disposer de preuves concordantes établissant l’implication directe et continue de la Force de défense rwandaise (FDR) dans les opérations militaires menées aux côtés de l’AFC/M23 dans l’est de la RDC, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Dans son rapport à mi-parcours, transmis au Conseil de sécurité dans une lettre datée du 30 décembre 2025, le Groupe d’experts indique que la FDR poursuit des déploiements transfrontaliers, renforce sa présence sur le territoire congolais et participe directement aux combats, y compris en prenant la tête d’opérations militaires sur plusieurs lignes de front.
Selon les experts onusiens, ces informations sont corroborées par de multiples sources, notamment des témoignages provenant de membres de l’AFC/M23, d’un commandant de haut rang du mouvement, de services de renseignement, de diplomates ainsi que de services de sécurité. La FDR aurait notamment dirigé des opérations dites « anti-FDLR » dans les territoires de Nyiragongo et de Rutshuru.
Entre 6 000 et 7 000 soldats rwandais déployés en RDC
Le rapport estime, de manière prudente, qu’entre 6 000 et 7 000 membres de la FDR étaient toujours déployés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu au moment de l’établissement du document. Ces effectifs représenteraient au minimum deux brigades et deux bataillons de forces spéciales, organisés spécifiquement pour l’opération transfrontalière en République démocratique du Congo.
Les experts précisent que ces unités comprennent des éléments des forces spéciales rwandaises ainsi qu’un nombre important de membres des forces de réserve, engagés dans des formations structurées par missions et par zones d’opérations.
Contrôle des lignes de front et encadrement du M23
D’après le Groupe d’experts, une brigade de la FDR opérait dans la « première zone de défense » de l’AFC/M23, couvrant notamment Goma, Nyiragongo, Binza, Bwito et Rutshuru, ainsi que certaines localités du territoire de Lubero. Une seconde brigade était active dans la « deuxième zone de défense », incluant Masisi, Walikale, la ligne de front de Pinga, ainsi que plusieurs zones du Sud-Kivu, dont Walungu, Mwenga et Minembwe.
Des sources internes à l’AFC/M23, dont un commandant de haut rang engagé dans des opérations conjointes, ont affirmé que des éléments de la FDR, désignés sous le nom de « Friendly Force », « gèrent les lignes de front » et « contrôlent les combattants du M23 ».
Les experts relèvent que les soldats rwandais étaient facilement identifiables sur le terrain en raison de leur équipement plus moderne, de leur discipline, de leur comportement opérationnel, de leurs accents et de leurs structures de commandement distinctes. Bien qu’opérant en formations séparées, la FDR mènerait régulièrement des manœuvres conjointes avec l’AFC/M23.
Technologies militaires sophistiquées
Le rapport souligne également l’utilisation par la FDR de technologies et d’équipements militaires avancés, notamment des systèmes de brouillage et d’espionnage. Les experts ont procédé à l’évaluation technique d’un poste radio tactique confisqué en mars 2025 à Masisi sur un soldat de la FDR, portant le marquage RT-7106 TADIRAN COMMUNICATIONS.
Le Groupe d’experts conclut que le soutien militaire de la FDR a été déterminant dans le succès des opérations de l’AFC/M23, y compris lors de la conquête de nouvelles zones, comme celle de Bibwe.











