La sortie médiatique de Joseph Kabila continue de susciter de vives réactions sur la scène politique congolaise. Dans une prise de position ferme, Christian Bosembe dénonce des propos qu’il juge provocateurs et déconnectés de la mémoire collective, accusant l’ancien chef de l’État de brouiller les responsabilités dans un contexte sécuritaire et politique particulièrement sensible.
Par Reporter.cd
Christian Bosembe qui ne cache guère son adversité vis-à-vis de l’ancien dirigeant est l’un des acteurs du pays à avoir trouvé encore des mots nets pour rétorquer.
Sur les réseaux sociaux, le président du CSAC estime que les propos de Joseph Kabila dépassent le cadre du débat politique et dénotent l’irrespect envers la mémoire nationale.
Dans ses propos, Kabila s’est présenté comme un acteur de la paix, affirmant que sa présence à Goma relevait d’une mission pour dialoguer avec tous les Congolais, y compris ceux liés à l’AFC/M23. Il a rappelé son rôle historique dans la gestion du pays et dénoncé ce qu’il appelle la dictature du régime actuel. Mais pour Bosembe, ces paroles masquent une tentative de réécrire l’histoire que le sénateur à vie déchu par Kinshasa veut s’approprier : « Parler depuis une terre meurtrie, où des villages ont été attaqués et des populations décimées, sans reconnaître votre responsabilité passée, c’est une insulte aux victimes et à la mémoire des Congolais », réagit Bosembe.
L’ancien président a aussi évoqué le risque de « soudanisation de la RDC, comparant la situation du pays à celle du Soudan avant son éclatement. Pour ce dernier, si l’on n’y prend pas garde face à la crise actuelle, le pays risque de finir par là. A ce sujet, Bosemble dénonce cette rhétorique comme dangereuse et anxiogène : « La RDC n’est pas le Soudan. Ces comparaisons ne servent qu’à semer la peur et à légitimer des ambitions personnelles », insiste insiste-t-il, évoquant au passage la symbolique de la date choisie pour la publication de l’interview de Kabila, le 23 mars, rappelant que ce jour reste associé à la violence et aux deuils dans la mémoire collective : « Utiliser cette date pour tenir des propos qui brouillent les responsabilités est une provocation inacceptable », dit-il.
Sur le plan politique, Kabila a rappelé son rôle dans l’accord signé en 2019 avec la plateforme de Tshisekedi, et affirmé que l’actuel président ne pouvait gouverner sans sa majorité parlementaire. Il a également critiqué toute révision de la Constitution, la qualifiant de tripatouillage dangereux et a laissé entendre que les Congolais ont à leur disposition l’article 64 pour faire échec à toute dictature. Bosemble y voit une ambiguïté inquiétante : « Mettre en avant la Constitution tout en accusant le régime actuel de tyrannie, sans reconnaître l’héritage de votre propre pouvoir, brouille le message et attise les tensions », répond coup sur coup le numéro 1 du CSAC.
Kabila a également évoqué la Belgique, critiquant sa capacité à accompagner l’actuel régime tout en saluant la justice belge pour son rôle dans certains dossiers. Bosemble y voit une nouvelle tentative de détourner l’attention : « Pointer du doigt l’étranger ou des institutions extérieures pour expliquer les tensions internes ne peut pas effacer la responsabilité historique de ceux qui ont dirigé le pays ».
Enfin, pour Christian Bosemble, il est clair que la RDC reste unie et qu’aucun discours, aussi troublant soit-il, ne pourra fragiliser l’essence de la nation : « Le Congo est plus grand que les ambitions personnelles ou les frustrations partisanes. Chaque acteur politique devra répondre de ses actes devant l’histoire ». L’ancien journaliste conclut par un appel à la lucidité et à la sérénité : « Que la peur quitte nos esprits ».











