Dans l’est de la République démocratique du Congo, 2 mouvements presque simultanément en cours attirent l’attention : le retrait du M23 de certaines zones du territoire de Lubero et l’annonce du départ prochain de l’armée ougandaise. Ces deux faits, qui arrivent presqu’en même temps, posent beaucoup de questions.
Par Reporter. CD
Entre 2022 et 2025, le M23 a conquis plusieurs localités dans le sud du Nord-Kivu. Son objectif semblait clair : avancer vers le nord pour atteindre des villes importantes comme Butembo et Beni, et surtout le poste frontalier de Kasindi-Lubiriha, 3e du pays après ceux de Moanda et Kasumbalesa en termes de recettes. Mais cette avancée s’est arrêtée à Lubero. Pourquoi ? Parce que les soldats ougandais de l’UPDF étaient présents dans cette zone aux côtés des FARDC pour combattre les ADF. Si le M23 avait continué, il aurait risqué de se retrouver face à l’armée ougandaise et d’engager probablement des combats aux conséquences incalculables. Et si cette dernière (UPDF) ne réagissait pas, cela aurait soutenu les soupçons de complicité avec l’ennemi qui pèse sur elle depuis le début du conflit. Pour éviter cela, se dit-on, le M23 a préféré ne pas aller plus loin vers le nord et s’est plutôt tourné vers le Sud-Kivu. Cela a alors ressemblé à un arrangement tacite entre Kampala et le M23.
Pendant plus d’un an, le M23 a contrôlé une grande partie de Lubero, avec même une sorte d’administration parallèle. Rien ne laissait penser qu’il pouvait quitter ces zones. Pourtant, depuis quelques jours, les rebelles se retirent de plusieurs villages, sans donner d’explications. Ce départ surprend beaucoup de monde dans la contrée : il n’y a pas eu de combats majeurs pour les chasser, alors pourquoi s’en vont-ils d’eux-mêmes ?
C’est à ce moment où l’opinion se questionne que que le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise, annonce que ses troupes vont quitter Lubero d’ici le 3 avril. Il précise que ce retrait se fera en coordination avec Kinshasa. Mais en même temps, il met la pression en demandant le remplacement du gouverneur militaire de l’Ituri, le général Johnny Luboya. Ce retrait annoncé est une première venant d’un officiel ougandais surtout après plusieurs années de présence militaire ougandaise en RDC. Car, le rappelle-t-on, Kampala a souvent affirmé qu’il se retirerait du Congo après la neutralisation des djihadistes ADF qui ont multiplié des attaques dans le territoire de Lubero ces derniers jours.
Pour beaucoup d’analystes, ces deux événements sont alors intimement liés. L’Ouganda est souvent accusé d’avoir des liens avec le M23 depuis la chute de la cité frontalière de Bunagana (Nord-Kivu). Si ses troupes partaient alors que les rebelles étaient toujours présents, cela aurait probablement suscité des questions. Alors, il y a lieu de croire qu’il y a eu un compromis : le M23 commence par se retirer, ensuite l’UPDF annonce son départ. De cette manière, chacun évite d’être accusé ouvertement.
Dans ce cas, le retrait du M23 ne serait pas définitif. Il pourrait simplement s’agir d’un mouvement stratégique. Après le départ des soldats ougandais, les rebelles pourraient revenir dans les zones qu’ils ont quittées, voire avancer vers le nord sans que l’UPDF, déjà partie plus tôt, ne soit accusée de leur laisser libre passage.
Toutefois, dans ce cas de figure, tout dépendra maintenant de la réaction des FARDC. Si elles occupent rapidement les zones libérées et veillent à les protéger efficacement, la situation pourrait alors être différente Mais si elles tardent, le M23 pourrait revenir facilement, s’enraciner et envisager des moyens de poursuivre sa lutte armée vers le nord.













