Anarchie dans les zones sous contrôle du M23 : les rebelles revoquent le recteur de l’Université de Goma

Une nouvelle équipe dirigeante a été annoncée à la tête de l’Université de Goma (UNIGOM), avec la nomination du professeur Zambeze Kakoma Sakatolo Jean-Baptiste comme recteur, dans des décisions prises dans une zone actuellement sous contrôle du M23.

Par Reporter. CD

L’ancien recteur, le professeur Muhindo Mughanda, a été révoqué peu avant cette nomination par les rebelles pour absence prolongée « sans autorisation de sa hiérarchie ».

Cette décision intervient alors que le professeur Muhindo Mughanda avait été nommé recteur de l’UNIGOM en 2021 par les autorités de Kinshasa, dans le cadre du fonctionnement normal des institutions publiques du pays. Sa révocation et son remplacement, annoncés localement sans implication directe des autorités nationales, soulèvent de nombreuses interrogations sur la gestion administrative des institutions publiques dans les zones échappant au contrôle de l’État central, notamment dans l’Est de la RDC où la situation sécuritaire reste instable.

Dans ces zones, plusieurs observateurs estiment que les décisions administratives se prennent désormais dans un climat d’incertitude, où les règles habituelles de gestion des institutions publiques ne sont plus appliquées de manière uniforme. Le cas de l’UNIGOM est présenté comme un exemple de cette situation, où des responsables nommés par l’État central peuvent être remplacés localement sans cadre juridique clairement reconnu par Kinshasa, ce qui crée un flou autour de la légitimité des nouvelles autorités académiques mises en place par les rebelles.

La question du contrôle des institutions publiques dans les zones occupées ou administrées par des groupes armés se pose également. Dans le cas des universités et établissements d’enseignement supérieur, la reconnaissance des autorités de tutelle reste normalement du ressort de Kinshasa, ce qui pose un problème lorsque des nominations sont effectuées en dehors de ce cadre. Plusieurs voix s’interrogent donc sur la validité administrative des décisions prises sur le terrain et sur leurs conséquences juridiques.

Le cas de l’UNIGOM pose ainsi un dilemme majeur pour les autorités nationales, qui doivent décider si elles reconnaissent ou non les changements opérés localement. Si Kinshasa venait à refuser de valider cette nouvelle nomination, cela pourrait créer une situation de double autorité au sein de l’université, avec des conséquences directes sur la gestion du personnel, le fonctionnement académique et la reconnaissance des diplômes.

Pour les étudiants et le personnel académique, cette instabilité institutionnelle pourrait entraîner des perturbations importantes dans le déroulement des activités universitaires, notamment en ce qui concerne l’encadrement, les examens et la continuité administrative. Dans un contexte déjà marqué par l’insécurité et les déplacements de populations dans le Nord-Kivu, cette situation ajoute une couche supplémentaire d’incertitude sur le fonctionnement des services publics essentiels.

Au-delà du cas de l’université de Goma, cette évolution reflète un problème de gouvernance dans les zones en conflit à l’Est de la RDC, où la présence de groupes armés remet en cause le fonctionnement normal des institutions de l’État. La question centrale reste désormais de savoir quelle position adoptera Kinshasa face à ces décisions des rebelles et comment elle entend préserver l’autorité de l’État sur les institutions publiques, en particulier dans le secteur de l’éducation.

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