L’opposition congolaise est désormais placée devant ce qui ressemble à son tout premier grand test politique face au régime de Félix Tshisekedi. Depuis plusieurs mois, le débat sur le changement ou la révision de la Constitution prend de plus en plus de place dans la vie politique du pays.
Par Gédéon ATIBU
Pendant que le pouvoir avance sans reculer, les opposants haussent aussi le ton et promettent de barrer la route à toute initiative pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel. Mais entre les discours et la capacité réelle de mobilisation populaire, l’heure de vérité semble avoir sonné.
Du côté du pouvoir, les signaux sont clairs : le régime Tshisekedi ne montre aucun signe de recul. Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a même déclaré publiquement que qu’il neige ou qu’il pleuve, la Constitution sera changée. Cette position montre que le camp présidentiel se sent solide politiquement. Il a foi en lui. L’adoption à l’Assemblée nationale de la proposition de loi organique relative à l’organisation du référendum est d’ailleurs venue renforcer cette impression. Pour plusieurs observateurs, le message envoyé est simple : le pouvoir avance et reste convaincu qu’il contrôle encore les institutions ainsi que le rapport de force politique dans la rue.
Face à cette détermination du régime, l’opposition tente aussi de montrer ses muscles. Plusieurs figures importantes comme Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga, Matata Ponyo, Jean-Marc Kabund et d’autres ont créé la coalition C64 pour s’opposer au changement de la Constitution. Les leaders de cette plateforme multiplient les déclarations. Ils jurent même que Félix Tshisekedi ne restera pas au pouvoir au-delà des mandats prévus par la Constitution actuelle. Delly Sesanga a même parlé même d’une « rébellion contre la République » et a promis d’affronter le pouvoir « à mains nues » s’il poursuit ce projet.
Mais en face, le régime ne se laisse toujours pas intimidé. Une autre coalition parallèle, appelée C4, a été lancée pour soutenir le changement de la Constitution. Cette bataille politique prend donc de plus en plus la forme d’un véritable duel entre 2 camps qui cherchent chacun à démontrer sa capacité de mobiliser les Congolais. D’un côté, une opposition qui tente de rassembler toutes ses forces autour du refus du troisième mandat; de l’autre, un pouvoir qui se montre confiant et affiche sa volonté d’aller jusqu’au bout du processus malgré, quoi qu’il en coûte.
C’est dans ce contexte que l’opposition appelle à une journée “ville morte” le 3 juin prochain à travers le pays. Cette action apparaît aujourd’hui comme le premier grand test de la coalition anti-révision constitutionnelle. Si la population suit massivement cet appel, l’opposition pourra prouver qu’elle garde encore une forte influence populaire capable d’inquiéter le régime. Mais si la mobilisation échoue ou reste faible, cela risque de mettre en difficulté son discours et de renforcer davantage la confiance du pouvoir dans son projet. Beaucoup d’analystes estiment donc que cette journée sera un moment décisif pour mesurer le véritable poids politique de l’opposition actuelle.
Au-delà de cela, plusieurs Congolais s’interrogent aussi sur le timing de ce débat. Le pays traverse déjà plusieurs crises graves, notamment la guerre dans l’Est avec l’insécurité au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, sans oublier les problèmes humanitaires et sanitaires comme l’épidémie d’Ebola récemment déclarée. Pour certains citoyens, les priorités devraient être la paix, la sécurité et les conditions de vie de la population plutôt qu’un débat constitutionnel qui risque encore de diviser davantage le pays.
Le 3 juin pourrait ainsi devenir une date symbolique dans cette confrontation politique entre le pouvoir et l’opposition. Ce sera un test de mobilisation, un test d’influence et surtout un test de crédibilité pour les opposants qui promettent depuis plusieurs mois de stopper le projet du régime Tshisekedi. Après les déclarations, les menaces et les grandes promesses, place maintenant à l’épreuve du terrain. Rendez-vous pris donc pour le 3 juin prochain.












