RDC : Le 2 avril, comme aujourd’hui, le jour où Étienne Tshisekedi a été nommé Premier ministre seulement pour 7 jours

Par REPORTER. CD

Le 2 avril est aussi enregistré dans les annales politiques de la République démocratique du Congo.Ce jour-là, dans un contexte de crise sécuritaire irréversible, Étienne Tshisekedi est nommé Premier ministre par le régime du maréchal Mobutu Sese Seko. Mais cette nomination, qui pouvait être considérée comme un geste d’ouverture politique dans un régime dominé par la pensée unique, ne va durer que 7 jours seulement. Très vite, les désaccords entre le pouvoir en place et l’opposant historique refont surface, mettant fin à cette courte expérience à la tête du gouvernement.

D’après le récit de l’historien Benjamin Babunga, cette décision de Mobutu n’était pas anodine. À cette période, le pays était au bord de l’implosion. L’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), dirigée par Laurent-Désiré Kabila, gagne du terrain à grande vitesse depuis l’Est et menace directement le pouvoir du maréchal. Face à cette avancée militaire à la vitesse de croisière et à une pression internationale de plus en plus forte, le régime de Mobutu tente de trouver une solution politique rapide pour calmer les tensions internes et donner des gages d’ouverture.

C’est dans ce climat que le choix se porte sur Étienne Tshisekedi, figure emblématique de l’opposition et leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Pour une partie de la population, cette nomination suscite un espoir, celui de voir enfin un changement dans la gestion du pays après 31 ans d’un pouvoir sans partage. Mais sur le terrain, la réalité reste inchangée : la guerre continue, les institutions restent fragiles et les divergences entre les acteurs politiques demeurent profondes. Toujours selon Benjamin Babunga, très rapidement, les désaccords sur la gestion du pouvoir, les marges de manœuvre du Premier ministre et les intentions réelles du régime provoquent une rupture. En moins d’une semaine, cette tentative de cohabitation échoue entre Tshisekedi père et Mobutu, mettant en mal le fragile compromis politique entre les 2 acteurs alors que la pression rebelle s’accroît.

Vers une recopie du passé

Près de 3 décennies après ces évènements, le contexte actuel ne sont pas assez différentes. Sous la présidence de Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique, la RDC est de nouveau confrontée à une crise sécuritaire majeure dans sa partie orientale. Le M23, souvent considéré comme le prolongement de l’AFDL, contrôle aujourd’hui plusieurs agglomérations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Comme dans les années 1990, cette rébellion avance progressivement, prenant des villes et des cités stratégiques et fait peser une menace sur d’autres zones. Pendant ce temps, le pouvoir central peine à mettre fin à cette progression. Cette situation rappelle ainsi les souvenirs d’un passé encore récent, où une rébellion partie de l’Est avait fini par renverser le régime en place.

Face à cette crise, une partie de l’opposition politique actuelle plaide pour un dialogue national afin de trouver une solution. Mais au regard de l’histoire politique du pays, beaucoup redoutent que ce type de démarche ne débouche sur un simple partage du pouvoir, avec, éventuellement, la nomination d’un opposant à la tête du gouvernement, comme cela avait été le cas en 1997 avec Étienne Tshisekedi. Ce qui ne ferait que recopier les scénarios politiques déjà expérimentés dans le pays.

Comme l’a si bien rappelé l’historien Benjamin Babunga, au-delà de la brièveté du passage d’Etienne Tshisekedi à la primature, sa nomination n’a fait que rappeler une stratégie déjà utilisée dans l’histoire politique du pays depuis l’indépendance : faire appel à l’opposition en période de crise pour tenter de stabiliser la situation, sans pour autant changer profondément les équilibres du pouvoir.

Mais, pour l’instant, Félix Tshisekedi reste opposé à toute négociation de ce type avec ses adversaires politiques. Par ailleurs, la pression de la communauté internationale aide à freiner l’avancée des rebelles vers d’autres grandes agglomérations. Toutefois, face à la guerre en cours, aux tensions politiques internes et appels au dialogue, ce 2 avril 2026 donne aujourd’hui l’image d’un pays confronté à une situation qui rappelle une page déjà écrite dans l’histoire de la RDC, celle du 2 avril 1997.

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