Motion de défiance : Quand des manœuvres s’intensifient pour sauver Jacquemin Shabani

À Kinshasa, un nouvel épisode politique attitré l’attention autour du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemin Shabani. Ce dernier est aujourd’hui visé par une motion de défiance déposée à l’Assemblée nationale, une procédure qui, si elle aboutit, pourrait le pousser à la porte de sortie, alors que, comme l’affirment nombre d’observateurs, le natif du Nord-Kivu demeure encore dans les bonnes grâces du chef de l’Etat congolais.

Par Gédéon ATIBU

À l’origine de cette initiative, plusieurs griefs sont énumérés, mais surtout une question principale connue de tous : la montée inquiétante de l’insécurité dans plusieurs villes du pays, y compris dans la capitale où les braquages, les enlèvements et les actes de banditisme se multiplient, parfois en pleine journée et même près des positions même des forces de l’ordre.

Les auteurs de la motion estiment que cette situation est une preuve irréfutable d’un échec dans la gestion du secteur sécuritaire. Ils citent également d’autres aspects liés à l’exercice du pouvoir, notamment des accusations d’abus d’autorité, d’ingérence dans le fonctionnement des institutions provinciales et de non-respect de certaines règles démocratiques. Pour eux, la démarche engagée au Parlement n’a rien d’exceptionnel : il s’agit d’u rôle normal de contrôle que les députés doivent exercer sur les membres du gouvernement, surtout lorsque les résultats sur le terrain ne sont pas à la hauteur des attentes de la population.

Mais, alors que ces critiques reposent sur des faits jugés réels et palpables, la réaction de la majorité au pouvoir donne une autre lecture de la situation. L’Union sacrée de la nation semble davantage préoccupée par la protection politique de Jacquemin Shabani que par l’ouverture d’un débat approfondi sur les problèmes sécuritaires qui minent le pays. Dans ce contexte, plusieurs signaux montrent une volonté claire de contenir, voire d’étouffer, l’initiative de la motion de défiance afin d’éviter un départ précipité du ministre Shabani au sein du gouvernement.

C’est dans cette optique qu’intervient l’épisode du député Cizungu Landry. Présenté par une certaine opinion comme l’initiateur de la motion contre le ministre, ce dernier a rapidement fait marche arrière en invoquant une faute de procédure, notamment l’absence d’autorisation préalable de sa famille politique et de la majorité. Ce retrait éclair, intervenu presque directement après le dépôt de la motion à l’Assemblée nationale, a surpris plus d’un observateur et donné l’impression d’une démarche improvisée ou, pour certains, d’une mise en scène destinée à « brouiller les pistes ».

Derrière cet épisode, plusieurs analystes voient en réalité une stratégie politique bien calculée. Selon cette lecture, la mise en avant de Cizungu Landry aurait permis de détourner l’attention du véritable initiateur de la motion, Laddy Yangotikala, député du parti AVRP, parti du ministre de l’Agriculture et sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo. Contrairement au premier, ce dernier n’a pas renoncé à sa démarche et continue de porter les accusations contre Jacquemin Shabani, en insistant notamment sur la responsabilité du gouvernement face à l’insécurité multiforme dans le pays.

Cependant, cette position lui coûte déjà cher sur le plan politique. La pression exercée sur lui est maintenant très forte, venant aussi bien de la majorité au pouvoir que de son propre camp. Son parti, l’AVRP, a officiellement décidé de prendre ses distances de lui à travers un communiqué rendu public le 14 avril 2026. Dans ce document, le Bureau politique précise que l’initiative de son cadre n’a pas été validée en interne et annonce avoir pris acte de sa démission de son poste de président intérimaire du parti. Une manière claire de désavouer sa démarche et de réaffirmer l’alignement du parti sur la ligne tracée par l’Union sacrée, celle du protectionnisme à l’interne même face aux enjeux majeurs qui guettent la République.

Eu égard à ce qui précède, il ressort que la mouvance au pouvoir tient à maintenir une forte discipline au sein de la coalition au pouvoir : s’aligner derrière les décisions de la coalition ou démissionner. Laddy Yangotikala se retrouve ainsi seul, alors même que sa démarche est une initiative parlementaire légitime à tout élu du peuple. Selon certaines informations relayées notamment par ses proches, le député Laddy ferait même face à des menaces de mort. Une bonne manière de décourager toute initiative individuelle au sein de la mouvance présidentielle, surtout lorsqu’elles va à l’encontre de la majorité.

Mais, dans l’opinion, des critiques fusent. Certains y voient le signe d’une crispation de l’espace démocratique, où la liberté d’action des élus du peuple est limitée par des considérations politiques internes. A ce sujet, un internaute dénonce une forme de pensée unique au sein de l’Union sacrée, où l’alignement total serait devenu une condition pour survivre au sein de l’Union sacrée. Bahati Lukwebo ou encore Vital Kamerhe récemment déchus de leurs postes au Parlement en est une preuve éloquente.

Mais, au final, que devrait-on faire. D’un côté, il se note une insécurité innommable qui continue de préoccuper les Congolais qui exigent d’ailleurs des réponses concrètes ; de l’autre, il y a un système politique où la protection mutuelle semble primer sur les intérêts primaires du peuple.

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