La situation qui entoure la motion de défiance visant le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, soulève aujourd’hui de nombreuses questions au sein de l’opinion.
Par Gédéon ATIBU
Déposée par le député Laddy Yangotikala, cette motion devait logiquement suivre le circuit normal au sein de l’Assemblée nationale. Pourtant, plusieurs jours après son dépôt, elle peine toujours à être programmée, ce qui alimente des soupçons sur une possible volonté de bloquer l’initiative.
Au départ, certains signaux donnaient pourtant l’impression que la procédure allait enfin évoluer. Après des critiques et des dénonciations sur les réseaux sociaux, des sources ont annoncé que la motion serait inscrite à l’ordre du jour lors de la plénière de ce lundi 27 avril. Cette annonce a suscité de l’intérêt, car elle pouvait marquer un moment important de contrôle parlementaire dans un contexte sécuritaire particulier en République démocratique du Congo.
Mais, en consultant l’ordre du jour officiel de cette séance, la motion ne figure nulle part. À la place, les députés sont appelés à examiner et adopter le rapport de la Commission Défense et sécurité, qui a auditionné plusieurs membres du gouvernement. Ce rapport, présenté comme important, vise à évaluer les réponses de l’exécutif face aux défis sécuritaires. Le thème est toutefois le même : la sécurité dans le pays. Cependant, ce changement d’orientation interroge, car il semble détourner l’attention d’une initiative parlementaire enclenchée depuis plusieurs jours maintenant.
Ce choix du bureau de l’Assemblée nationale peut être interprété de plusieurs manières. D’un côté, il est possible que l’institution privilégie une approche globale à travers l’analyse du rapport de la commission. Mais de l’autre côté, certains y voient une stratégie pour éviter une confrontation directe entre les élus et le vice-Premier ministre concerné par la motion. Le fait que Jacquemain Shabani ne soit même pas attendu à cette plénière fait davantage planer les doutes.
Dans ce contexte, une importante question revient : l’Assemblée nationale joue-t-elle encore pleinement son rôle de contrôle de l’action gouvernementale ? En principe, une motion de défiance est un outil important dont disposent les députés pour demander des comptes à un membre du gouvernement. Pas qu’ils ne l’aiment pas où qu’ils veulent nécessairement sa chute mais pour avoir une idée claire sur certaines questions vitales sur la marche du pays. Lorsque ce mécanisme semble ignoré ou détourné, cela peut donner l’impression qu’il n’y a plus d’équilibre entre les pouvoirs (législatif et exécutifs). Et, dans ce cas de figure, c’est la jeune démocratie qui est mise en mal.
Les soupçons sont d’autant plus forts que cette motion intervient dans un climat où les questions sécuritaires sont au centre des débats. Le pays fait face à des défis majeurs, et les citoyens attendent des réponses claires de leurs dirigeants. Dans ce cadre, empêcher ou retarder une interpellation parlementaire peut être interprété comme un manque de transparence, voire comme une forme de protection politique.
Au bout du compte, la question reste ouverte et mérite d’être posée : s’agit-il d’un simple retard administratif ou d’une volonté de protéger un membre du gouvernement ? Tant que la motion ne sera pas programmée et débattue, le doute continuera de planer et des questions continueront d’être multiples Et dans une démocratie, le doute persistant sur le fonctionnement des institutions est toujours un problème.













