RDC : voici ce qu’est devenu l’aéroport de Goma, 15 mois après la chute de la ville aux mains du M23

Quinze mois après la chute de la ville de Goma aux mains des rebelles du M23, l’aéroport international n’est plus que l’ombre de lui-même.

Par Gédéon ATIBU

Fermé depuis fin janvier 2025, il est resté complètement inopérationnel et inaccessible. Ce lieu qui servait autrefois de porte d’entrée pour toute une région est aujourd’hui abandonné à son sort. Il ne joue plus aucun rôle dans la vie économique ou sociale de la ville, et cela se ressent dans le quotidien des Gomatraciens.

Les images récemment rendues publiques à l’occasion de la visite du chef de la MONUSCO, Swan, le week-end dernier, montrent clairement à quel point ce bijou s’est totalement détérioré. Jadis considéré comme un joyau au cœur de Goma, cet aéroport est aujourd’hui livré à lui-même. De longues herbes ont envahi la piste et ses alentours, signe qu’aucun entretien n’a été fait depuis des mois. Ce que les voyageurs admiraient en descendant de l’avion il y a encore un peu plus d’un an est devenu un espace abandonné, sans vie et sans suivi.

La scène observée lors de cette visite est particulièrement révélatrice. L’hélicoptère du responsable de la MONUSCO n’a même pas pu se poser sur une piste dégagée. Il a dû atterrir dans les herbes, ce qui montre à quel point les infrastructures sont abandonnées à elles-mêmes, en dépit de leur importance. De cette image, on en déduit un fait : l’aéroport de Goma n’est plus en état de fonctionner, même pour des opérations simples comme celles liées à un hélicoptère.

Mais, en plus de cet abandon, il y a les conséquences des combats violents qui ont eu lieu entre le 26 et le 29 janvier 2025, au moment de la chute de la ville. Point n’est besoin de le rappeler : ces affrontements ont causé d’énormes dégâts. La tour de contrôle a été touchée, plusieurs installations ont été détruites et des équipements majeurs et de premier plan ont été endommagés. Les traces de ces combats sont encore visibles aujourd’hui, avec des débris, des structures touchées ou abîmées et même certains aéronefs militaires détruits.

Quand on observe l’état actuel de l’aéroport, on comprend rapidement que sa remise en service demandera beaucoup de moyens et surtout beaucoup de temps. Il ne s’agit pas seulement de couper les herbes ou de réparer quelques bâtiments. Il faudra reconstruire plusieurs installations, remettre en bon état les équipements techniques et sécuriser toute la zone. C’est un travail lourd qui ne peut pas être fait rapidement dans le contexte actuel.

Pourtant, malgré cet état, la question de la réouverture de l’aéroport revient avec insistance lors des pourparlers de paix entre la RDC et le M23, y compris lors des récentes discussions en Suisse. Lors de ces assises, les belligérants évoquent la nécessité de le remettre en activité pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire dans une région qui en a grandement besoin face à l’afflux des déplacés. L’idée est simple : sans cet aéroport, il est difficile d’organiser des opérations rapides et efficaces pour venir en aide aux populations en détresse.

Mais la possibilité de rouvrir l’aéroport se heurte souvent à un refus de la part de la rébellion . Le M23 s’oppose à la réouverture de l’aéroport, craignant que celui-ci ne soit utilisé par Kinshasa pour des fins militaires, avec par exemple l’usage des drones de combats. Ce refus bloque toute réactivation de l’aéroport , même si les besoins humanitaires sont bien réels et les populations victimes attendent de l’aide. Ainsi, l’aéroport reste fermé suite à ces enjeux politiques et militaires qui vont au delà d’une simple question du transport.

Avant sa fermeture, l’aéroport de Goma occupait pourtant une place très importante dans le pays. Il était considéré comme le quatrième aéroport le plus actif après ceux de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani. Il permettait de relier toute la partie Est du pays et facilitait aussi les échanges avec les pays voisins. Sa fermeture a donc créé un grand vide dans le système de transport aérien de la région.

Aujourd’hui, les habitants de Goma et ses environs vivent les conséquences directes de cette situation. Pour voyager, ils sont obligés de passer par le Rwanda ou l’Ouganda, ou encore de parcourir de très longues distances jusqu’à Beni, Bunia ou Kisangani. Cela rend les déplacements difficiles, coûteux et parfois même impossibles pour certaines personnes. Cette situation a d’ailleurs alimenté un sentiment d’abandon de la ville par le pouvoir central.

En résumé, l’aéroport de Goma est devenu un lieu abandonné, envahi par les herbes, les ruines et les traces de la guerre. Il ne reflète plus le bijou qu’il était autrefois, mais plutôt une forme de désespoir dans une ville sous contrôle d’une rébellion Tant que la situation sécuritaire ne sera pas résolue, il sera difficile d’espérer une reprise rapide de ses activités, malgré les pressions diplomatiques actuelles.

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