Les Wazalendo étaient, à l’origine, des groupes armés que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) combattaient dans plusieurs zones de l’est du pays. Avec la résurgence du M23, la situation a toutefois évolué. Certains de ces groupes ont commencé à combattre aux côtés de l’armée congolaise contre les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa.
Par Charles Muhindo
Depuis, le nombre de groupes se présentant comme des Wazalendo s’est accru dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Cette évolution soulève plusieurs interrogations. Comment identifier les groupes qui se réclament réellement des Wazalendo ? Qui les contrôle ? Combien sont-ils ? De quels armements disposent-ils et quels sont leurs objectifs ? Ces questions restent largement sans réponse.
Bien qu’ils combattent aux côtés des FARDC dans certaines zones, leurs structures, leurs chaînes de commandement et leurs responsables ne sont pas toujours clairement identifiés. Certains opèrent avec l’armée, tandis que d’autres semblent agir de manière autonome. Une situation qui commence à susciter des inquiétudes.
Au Sud-Kivu, une nouvelle évolution vient davantage compliquer le tableau. Les Wazalendo disposeraient désormais d’une structure de police avec des commissaires provinciaux portant le grade de commissaire divisionnaire. Une vidéo annonçant cette organisation circule sur les réseaux sociaux depuis lundi.
Cette situation pose une nouvelle question : après des groupes armés Wazalendo opérant aux côtés des FARDC, la RDC risque-t-elle désormais de voir émerger une structure de police Wazalendo parallèle à la Police nationale congolaise (PNC) ?
C’est cette évolution qui inquiète particulièrement le professeur Jean-Jacques Wondo, expert congolais des questions militaires et enseignant à l’École royale militaire de Bruxelles. Selon lui, la multiplication de ces structures sécuritaires traduit une perte progressive du contrôle de l’État sur l’usage de la force.
« Avec la privatisation et la milicianisation croissantes de l’armée et des services de sécurité dans cette partie du pays, l’État perd progressivement le monopole de la violence légitime », écrit-il sur X.
L’expert s’interroge également sur le fonctionnement de ces groupes. Il relève que certains participent désormais à la défense du territoire national alors qu’ils n’ont pas nécessairement reçu la formation requise pour exercer des missions militaires ou de police.
Jean-Jacques Wondo estime également que la Police nationale congolaise fait déjà face à d’importantes difficultés qui nécessitent une attention particulière.
Dans ce contexte, la coexistence d’une police nationale en difficulté et de groupes armés qui commencent à assumer des responsabilités sécuritaires pourrait, selon lui, créer une situation difficile à maîtriser. Il évoque même un « cocktail explosif » dont les conséquences pourraient se manifester dans les prochaines années.
Le défi de l’après-M23
La question de l’avenir des Wazalendo se pose également en cas de fin des hostilités avec le M23. Que deviendront ces groupes si les combats cessent ? Déposeront-ils les armes ? Seront-ils intégrés aux FARDC ? Feront-ils l’objet d’un processus de désarmement, démobilisation et réintégration ? Et surtout, accepteront-ils tous de revenir sous l’autorité exclusive de l’État ?
Ces interrogations restent difficiles à trancher en l’absence d’une cartographie claire de l’ensemble des groupes qui se réclament des Wazalendo.
Certains sont identifiés et combattent aux côtés des FARDC. D’autres disposent de leurs propres structures et semblent fonctionner avec une certaine autonomie. Or, plus ces groupes se multiplient, plus la question de leur contrôle par l’État se pose avec acuité.
Pour le professeur Jean-Jacques Wondo, le principal risque réside précisément dans la création de structures sécuritaires parallèles.
« La construction d’un appareil de sécurité parallèle, sans doctrine claire, sans formation adéquate, sans règles ni principes d’engagement et d’intervention, et sans mécanismes solides de contrôle, de responsabilité et de redevabilité constitue un signal préoccupant », estime-t-il.
Selon lui, ce qui est aujourd’hui présenté comme une réponse à la menace du M23 pourrait devenir une nouvelle source d’instabilité à l’avenir.
« Ce qui est aujourd’hui applaudi avec ferveur, voire fanatisme, comme une solution sécuritaire risque, demain, de produire des conséquences que l’on regrettera amèrement », prévient-il.
Au-delà de la seule question des Wazalendo, c’est donc l’autorité de l’État congolais sur l’usage de la force qui est en jeu. La RDC dispose d’une armée et d’une police officielles, mais voit parallèlement se développer des groupes armés qui se dotent progressivement de leurs propres structures sécuritaires.
La question reste désormais de savoir jusqu’où cette évolution ira et si Kinshasa sera en mesure de reprendre pleinement le contrôle de ces forces lorsque la guerre contre le M23 ne constituera plus le principal argument justifiant leur mobilisation.













