Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Molendo Sakombi, a présenté l’état d’avancement des réformes et des grands projets engagés dans les secteurs de l’électricité et de l’eau potable, à l’occasion de l’exercice de redevabilité du Gouvernement Suminwa II. Il a dressé un bilan des réalisations enregistrées depuis 2019, tout en détaillant les perspectives visant à accélérer l’accès des Congolais à ces services essentiels et à soutenir le développement industriel du pays.
Un potentiel énergétique exceptionnel au service du développement
Le ministre a rappelé que la République démocratique du Congo dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à 167 000 MW, ce qui la place parmi les pays les mieux dotés au monde en ressources énergétiques. Il a souligné que le fleuve Congo, deuxième fleuve mondial par son débit, constitue un atout stratégique pour la souveraineté énergétique nationale.
Malgré ce potentiel, l’accès à l’électricité demeure un défi majeur. Selon le ministre, une personne sur cinq bénéficie actuellement de l’électricité, tandis que le taux de couverture en eau potable est passé de 8 % en 2019 à 22 % aujourd’hui, d’après les données de la Banque mondiale.
Le ministre a également mis en évidence l’ampleur des besoins nationaux, avec 78 000 villages encore à électrifier, ainsi qu’un déficit énergétique d’environ 2 000 MW pour l’industrie minière, secteur qui contribue à plus de la moitié des recettes du budget national.
Kakobola, ANSER et l’électrification des territoires
Revenant sur le projet hydroélectrique de Kakobola, Molendo Sakombi a indiqué que cette infrastructure, d’une capacité de 10,5 MW, a été remise sur les rails après la levée des préalables techniques et financiers. Déjà inaugurée, la centrale alimente notamment Kikwit, Idiofa et Boma, avec un programme de déploiement de compteurs intelligents prépayés.
À terme, ce projet devrait bénéficier à 20 000 à 30 000 ménages, soit près de 200 000 personnes.
Le ministre a également présenté le bilan de l’Agence nationale des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER). L’établissement dispose d’un portefeuille de 65 projets répartis sur l’ensemble du territoire national. Parmi les 22 projets achevés mais longtemps restés inactifs pour des raisons juridiques, plusieurs ont été remis en service après la levée des contraintes administratives.
Aujourd’hui, sept centrales sont opérationnelles, notamment à Randanga, Basankusu et Bolombo, avec un impact estimé à 100 000 ménages, soit environ 700 000 bénéficiaires.
Une stratégie fondée sur un partenariat public-privé et un mix énergétique
Face au défi de l’électrification des 78 000 villages, le ministre a insisté sur la nécessité d’impliquer le secteur privé.
Il a expliqué que les nouvelles politiques publiques de l’électricité reposent désormais sur un mix énergétique, combinant l’hydroélectricité, le solaire et d’autres sources d’énergie renouvelable, tandis qu’ANSER poursuit sa mission aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales.
Des avancées significatives dans l’accès à l’eau potable
Le secteur de l’eau connaît également une progression importante. Le ministre a annoncé la mise en service des modules 2 et 3 de production d’eau potable à Kinshasa.
Ces nouvelles installations produisent 330 000 m³ d’eau par jour et desservent environ 6 millions d’habitants répartis dans 10 communes de la capitale.
À Kamina, une nouvelle centrale d’eau potable bénéficie directement à 230 000 personnes. Selon le ministre, il s’agit d’une première historique pour cette ville depuis l’indépendance de la RDC.
Katende, Inga 3, Zongo et Maluku parmi les grands projets prioritaires
Le ministre a confirmé que la première turbine du barrage de Katende devrait entrer en service en décembre 2027, les travaux étant suivis par les équipes techniques du Gouvernement.
Il a également fait le point sur les principaux projets structurants en cours, notamment Inga 3, d’une capacité de 11 000 MW, dont la priorité est désormais de renforcer la bancabilité afin de permettre la signature des contrats d’achat d’électricité par les pays membres de la SADC.
Parallèlement, un projet de 2 x 500 MW est destiné à soutenir l’industrie minière. Sur cette capacité, 100 MW seront réservés à la population via la SNEL.
À Kinshasa, les interventions portent sur la réhabilitation du réseau de distribution, la suppression des points noirs et la modernisation des cabines basse tension.
Le ministre a également annoncé la réhabilitation de la centrale de Zongo, qui permettra d’injecter 75 MW supplémentaires sur le réseau, ainsi que le lancement, l’année prochaine, d’un projet solaire de 100 MW à Maluku, les études étant presque achevées.
Un horizon de 10 à 15 ans pour une couverture nationale renforcée
Selon Molendo Sakombi, la RDC ambitionne de tripler son taux d’accès à l’électricité dans les cinq à dix prochaines années, grâce à une mobilisation accrue des financements publics et privés.
À plus long terme, le Gouvernement estime qu’il faudra 10 à 15 ans pour électrifier une grande partie du territoire national.
Concernant les délestages, le ministre a indiqué que leur réduction passera par l’assainissement du réseau de la SNEL, le renforcement de la production nationale et l’intégration des nouveaux projets énergétiques.
Des projets spécifiques pour le Kwango et une coopération régionale avec l’Angola
Pour la province du Kwango, le ministre a annoncé que la ligne Bukangalonzo-Kenge, évaluée entre 22 et 24 millions de dollars américains, figure parmi les priorités du Gouvernement.
Les études de faisabilité de Kakobola 2, d’une capacité de 15 MW, sont également finalisées, avec un démarrage des travaux prévu l’année prochaine. L’ensemble des deux centrales permettra de porter la capacité énergétique du Kwango à 25 MW.
Sur le plan régional, Molendo Sakombi a présenté le projet d’interconnexion électrique entre la RDC et l’Angola, à travers une ligne de 1 450 kilomètres reliant Malange à Afungirome.
Cette infrastructure permettra à la RDC d’importer le surplus de 2 000 MW disponible en Angola et de renforcer l’intégration énergétique régionale. Selon les estimations présentées, ce projet pourrait être réalisé dans les 24 mois suivant le lancement des travaux.
Pioka-Tombe, un nouveau projet stratégique adopté par le Gouvernement
Le ministre a également évoqué le projet hydroélectrique de Pioka-Tombe, d’une capacité de 6 450 MW, adopté en Conseil des ministres.
Les études réalisées en 1978 par Electroconsult sont actuellement actualisées. Cette phase devrait s’achever dans un délai de trois à six mois, avant le lancement du closing financier.
La répartition prévisionnelle de cette capacité prévoit 2 000 MW pour le Congo-Brazzaville, 2 000 MW pour le secteur minier et 1 000 MW destinés à l’alimentation de Tshikapa et du Kongo-Central.
Former les jeunes et renforcer la gouvernance du secteur
Dans le cadre de la politique de création d’emplois, le ministre a annoncé qu’une première cohorte de 500 jeunes a été formée à l’INPP dans les métiers de l’eau et de l’électricité.
L’objectif est désormais de faciliter leur recrutement au sein de la SNEL, d’ANSER, de la Régie des eaux ainsi que dans les différents projets énergétiques en cours.
Abordant la question des constructions sous les pylônes et dans les emprises de la SNEL, le ministre a rappelé que ces occupations présentent des risques majeurs pour la sécurité publique, la santé des populations et la stabilité des infrastructures électriques.
Il a précisé que les opérations d’expropriation ou de démolition doivent être conduites conformément aux dispositions légales, en collaboration avec les services des Affaires foncières et avec indemnisation lorsque la loi le prévoit.
Trois piliers pour accélérer la transformation du secteur
En conclusion, Molendo Sakombi a réaffirmé que la stratégie du ministère repose sur trois priorités : améliorer les services rendus à la population, garantir une énergie suffisante pour l’industrie minière et créer un environnement attractif pour les investisseurs.
Il a annoncé la mise en place d’unités locales d’assemblage de panneaux solaires, l’importation des composants suivie de leur assemblage en RDC, ainsi que la construction de trois à cinq centrales photovoltaïques en partenariat avec le ministère de l’Industrie.
Enfin, le ministre a proposé l’organisation, dans les prochains jours, d’une séance spéciale de redevabilité consacrée au secteur de l’énergie, réunissant les directeurs généraux de la SNEL, de la Régie des eaux et d’ANSER, avec des lignes téléphoniques ouvertes au public, afin d’assurer une meilleure cohérence des données et un dialogue direct avec les usagers.
Cellule de communication












