Reconquêtes des FARDC au Nord-Kivu : le M23 se redéploie-t-il pour préparer de nouvelles offensives au Sud-Kivu ?

Reconquêtes des FARDC au Nord-Kivu : le M23 se redéploie-t-il pour préparer de nouvelles offensives au Sud-Kivu ?

Les combats ont repris sur plusieurs fronts dans l’est de la RDC. Au Nord-Kivu, les FARDC et les Wazalendo ont repris plusieurs positions dans les territoires de Masisi et de Walikale. Au Sud-Kivu, les affrontements se poursuivent notamment dans les environs de Minembwe et dans le territoire de Fizi. Ce samedi 19 septembre, des bombardements ont été signalés à Ngandura, sur l’axe Rugezi-Kabandja, où des sources locales rapportent des combats entre les forces gouvernementales appuyées par les Wazalendo et des éléments de l’AFC/M23.

Par Charles Muhindo

Mais une chose attire l’attention : depuis plusieurs jours, le M23 multiplie les communiqués pour dénoncer des attaques contre ses positions. Dans son message du vendredi 18 septembre, le mouvement affirme que ses positions de Nyaruhinga, Mukoko, Nyamabuguma, Point Zéro et Gipimo, dans la région de Minembwe, ont été attaquées par les forces de Kinshasa. Il cite également Kasovu et Katoyi, dans le territoire de Masisi. Ce samedi encore, il affirme que Point Zéro a été la cible de nouveaux bombardements.

Ces déclarations émanent du M23 et ne permettent donc pas, à elles seules, d’établir la réalité des faits rapportés. Elles contribuent toutefois à installer dans la communication du mouvement l’idée qu’il est désormais la cible d’attaques des forces gouvernementales. Une forme de victimisation qui mérite d’être relevée.

C’est précisément à ce niveau que la situation devient intéressante. Lors des offensives précédentes, le M23 a régulièrement justifié ses attaques par une logique de légitime défense : le mouvement évoque d’abord une attaque contre ses positions ou une menace imminente, avant de lancer ses opérations en expliquant vouloir écarter le danger pesant sur les zones sous son contrôle. Une manière, pour les rebelles, de soutenir qu’ils n’ont pas été les premiers à attaquer.

Les communiqués actuels ne permettent évidemment pas d’affirmer qu’un nouveau scénario est en préparation. Toutefois, leur multiplication au moment même où les combats s’intensifient sur le terrain ne peut qu’attirer l’attention des observateurs.

Dans le même temps, les FARDC et les Wazalendo annoncent des avancées dans les territoires de Masisi et de Walikale. Plusieurs localités auraient été reprises après des combats et le rapport de force semble avoir évolué sur certains axes. Il serait donc prématuré, voire excessif, de parler d’un simple abandon volontaire de ces positions par le M23. Les forces congolaises peuvent réellement avoir repris l’ascendant sur certains fronts.

Mais une autre hypothèse ne peut être totalement écartée : le M23 pourrait chercher à déplacer une partie de ses forces vers des zones qu’il considère comme plus stratégiques, notamment au Sud-Kivu. Il s’agirait alors moins d’un recul que d’un redéploiement volontaire.

Le Sud-Kivu présente justement plusieurs axes susceptibles de revêtir un intérêt stratégique pour le M23. Les combats à Minembwe et autour de Point Zéro se déroulent dans une zone permettant de contrôler plusieurs axes des hauts plateaux. Plus au sud, les axes menant vers Fizi et Baraka revêtent également une importance particulière. Une progression dans cette partie du Sud-Kivu pourrait modifier la configuration militaire de la région.

Pour l’heure, rien ne permet d’affirmer qu’une attaque contre la ville de Baraka ou l’agglomération de Fizi se prépare. Mais cette possibilité ne peut pas non plus être totalement écartée au regard de l’évolution des combats et des mouvements militaires observés sur ces différents fronts.

C’est aussi pour cette raison que les autorités congolaises ne devraient pas se limiter à suivre l’évolution de la situation à Masisi et Walikale. Les positions reprises dans ces territoires constituent un gain militaire, mais elles ne doivent pas détourner l’attention de ce qui pourrait se jouer sur les autres fronts.

Si le M23 concentrait davantage d’hommes et de moyens autour de Minembwe, de Fizi ou des hauts plateaux, les avancées enregistrées au Nord-Kivu pourraient être suivies d’une nouvelle série d’attaques au Sud-Kivu. D’où la nécessité d’une surveillance particulière de ces axes.

Les FARDC et les Wazalendo doivent consolider les positions reprises à Masisi et Walikale, tout en surveillant attentivement les mouvements sur les axes du Sud-Kivu, de Minembwe à Fizi et jusqu’à Baraka. Car au-delà des communiqués du M23, l’enjeu sera surtout de déterminer où le mouvement concentre désormais ses forces et dans quelle direction elles pourraient être engagées.

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