Dans une tribune intitulée « L’aveu de Goma, le grand masque enfin tombé » publié le dimanche dernier, Julien Paluku Kahongya, ancien gouverneur du Nord-Kivu et actuel ministre du Commerce extérieur, accuse l’ancien président Joseph Kabila dans 6 épisodes liés aux crises sécuritaires dans l’Est de la République démocratique du Congo. Il critique également son récent discours et appelle les Congolais à soutenir Félix Tshisekedi face aux menaces contre l’intégrité territoriale du pays.
Par Charles Muhindo
Dans son argumentaire, Julien Paluku revient notamment sur les événements de 2008 à Tongo, l’arrestation de Laurent Nkunda en janvier 2009, la prise de Goma par le M23 en novembre 2012 et la défaite de cette rébellion en novembre 2013. Il évoque aussi la nomination de Bosco Ntaganda à la tête des opérations militaires « Amani Leo », ainsi que la mort des généraux Mamadou Ndala et Bauma. L’ancien gouverneur présente ces épisodes comme des éléments qui, selon lui, méritent de remettre en question le bilan sécuritaire de Joseph Kabila.
S’agissant des événements de 2008, Julien Paluku affirme qu’un ordre attribué à l’ancien chef de l’État avait poussé les militaires congolais à interrompre les combats contre les forces de Laurent Nkunda et de Sultani Makenga, alors qu’elles étaient en difficulté. Il estime que cette décision avait facilité la progression des combattants rebelles. Il évoque également les circonstances de l’arrestation de Laurent Nkunda au Rwanda, le 21 janvier 2009, qu’il associe à un arrangement entre Joseph Kabila et le président rwandais Paul Kagame.
Concernant la prise de Goma par le M23 en 2012, l’ancien gouverneur rappelle les discussions régionales menées à Kampala et soutient que le retrait des rebelles de la ville avait été obtenu à la suite d’une décision de Joseph Kabila. Il revient également sur la nomination de Bosco Ntaganda, qu’il accuse d’avoir quitté les rangs des FARDC avec des munitions avant de participer à la création du M23 en avril 2012.
Julien Paluku évoque par ailleurs la défaite du M23 à Chanzu, le 5 novembre 2013. Selon lui, le général Bauma avait reçu l’ordre d’interrompre les combats alors que les rebelles étaient disposés à déposer les armes. Il s’interroge sur les informations dont disposait Joseph Kabila à cette période. L’ancien gouverneur revient enfin sur la mort des généraux Mamadou Ndala et Bauma, qu’il considère comme des acteurs importants de la victoire militaire contre cette rébellion.
Au-delà de ces 6 épisodes, Julien Paluku critique les politiques de brassage et de mixage des groupes armés au sein de l’armée congolaise sous Joseph Kabila. Il estime que ces pratiques ont fragilisé les FARDC et favorisé des loyautés contradictoires dans les rangs militaires, au bénéfice, selon lui, d’intérêts extérieurs. Il rejette également les critiques que l’ancien président pourrait formuler sur la gouvernance, la corruption et le respect des droits humains, en évoquant notamment les révélations des Panama Papers en 2016.
L’ancien gouverneur s’en prend aussi au discours de Joseph Kabila. Il lui reproche de n’avoir pas suffisamment évoqué les souffrances des populations de l’Est, notamment les violences contre les civils et la crise sanitaire liée à Ebola. Il estime que cette intervention répond davantage à des ambitions politiques qu’à une volonté de soutenir les populations affectées par les conflits.
En conclusion, Julien Paluku appelle les Congolais à défendre la souveraineté nationale et à soutenir Félix Tshisekedi face aux menaces sécuritaires. Il accuse Joseph Kabila de vouloir remettre en cause l’autorité du pouvoir en place et lui prête l’intention de prendre ouvertement la direction militaire contre le régime actuel. Ces accusations sont celles de l’ancien gouverneur, telles qu’exposées dans sa tribune.













