L’armée ougandaise est présente en République démocratique du Congo depuis le 30 novembre 2021. Elle est venue appuyer les FARDC dans la lutte contre les ADF, un groupe terroriste qui faisait déjà de nombreuses victimes dans la région de Beni et qui avait également commencé à menacer directement l’Ouganda. Des attentats avaient notamment été perpétrés à Kampala. Pour les autorités ougandaises, il fallait donc aller combattre les ADF là où ils étaient installés, en territoire congolais. L’opération devait être de courte durée, avec pour objectif de frapper leurs positions et de mettre fin à leur capacité de nuisance.
Par Charles Muhindo
Au début, les choses semblaient plutôt aller dans ce sens. Les armées congolaise et ougandaise ont mené plusieurs bombardements contre des positions des ADF, permettant la récupération de certains bastions et la libération de quelques otages. Mais les années ont passé et les ADF sont toujours là. Surtout, ils ne sont plus seulement présents dans les zones où ils étaient connus au début de l’opération.
Après Beni et Irumu, leurs attaques ont été signalées à Mambasa, en Ituri, puis à Lubero, au Nord-Kivu. Le groupe a ensuite été signalé dans le Haut-Uele et est soupçonné d’être actif dans la Tshopo, notamment dans la région de Mungbere. Les attaques se poursuivent, tandis que des civils sont toujours tués, enlevés et leurs biens incendiés. Le bilan est devenu encore plus lourd qu’au début de l’opération.
Ce détail est important. Au lieu de rester concentrés dans une zone où ils pouvaient être recherchés et encerclés, les ADF ont réussi à étendre leur champ d’action à une zone beaucoup plus vaste, même s’ils ne restent pas nécessairement longtemps dans les mêmes positions. Ils peuvent quitter une zone après une attaque et réapparaître ailleurs. C’est ce qui rend leur traque encore plus compliquée. Pendant ce temps, le nombre de territoires touchés par leurs attaques continue d’augmenter.
C’est dans ce contexte que Bonge la Chuma, de son vrai nom Amuli Banza Zakaria Souleymane, présenté comme un idéologue de l’État islamique en Afrique centrale et connu en RDC sous le nom d’ADF, s’est exprimé dans une nouvelle vidéo, vue mardi dernier. Son discours est pour le moins surprenant. Il affirme que l’arrivée de l’UPDF n’a pas empêché les ADF de poursuivre leur projet. Il soutient même que la présence des soldats ougandais aurait facilité leur progression vers d’autres régions de la RDC.
« Au contraire, l’UPDF a contribué à l’expansion territoriale de l’ADF », affirme-t-il.
Selon lui, avant l’arrivée de l’armée ougandaise, les ADF étaient principalement actifs à Beni et à Irumu. Il affirme qu’ils opèrent aujourd’hui dans plusieurs provinces, notamment au Nord-Kivu, en Ituri, dans le Haut-Uele et dans la Tshopo. Il va jusqu’à affirmer que, dans leurs maquis, les combattants souhaitent que l’UPDF reste plus longtemps en RDC, parce que cela leur permettrait de progresser davantage vers l’intérieur du pays.
« Dans nos maquis, nous applaudissons pour qu’ils restent plus longtemps au Congo afin de nous permettre d’aller en profondeur du territoire congolais », ajoute-t-il.
Il faut évidemment prendre ces déclarations avec beaucoup de précautions. Elles émanent d’un responsable d’un groupe terroriste et peuvent également relever de la propagande de l’ADF. Mais une réalité demeure difficile à ignorer : depuis le début de l’opération, les ADF n’ont pas été neutralisés. Bien au contraire, ils se sont étendus à de nouvelles zones.
On peut donc se demander si les opérations militaires ont réellement permis de réduire la menace ou si elles ont, en réalité, poussé les combattants à rechercher de nouveaux espaces, loin des zones où ils étaient initialement traqués.
L’objectif annoncé en 2021 était pourtant de neutraliser les ADF. Les premières frappes avaient notamment été menées depuis l’Ouganda contre des positions terroristes situées en RDC. Pour un groupe traqué de cette manière, le réflexe pouvait être de quitter les zones directement visées et de se déplacer vers d’autres territoires. Cela ne signifie évidemment pas que Kampala avait pour objectif de pousser les ADF au cœur de la RDC.
Mais cinq ans après, une question mérite d’être posée : quel est aujourd’hui le bilan de cette présence militaire prolongée ?
Car si les ADF continuent de tuer et d’enlever des civils et qu’ils sont désormais signalés dans plusieurs provinces, il devient difficile de parler d’une menace neutralisée.
Dans ces conditions, l’UPDF est-elle une véritable solution à la crise des ADF en RDC ou seulement un trompe-l’œil, donnant l’impression que le problème est pris en charge alors que les combattants continuent de se déplacer vers de nouvelles zones, avec à la clé de nouvelles attaques contre les populations civiles ?La question mérite d’être posée.













