Le Rwanda va bientôt perdre ses avantages commerciaux avec les États-Unis. Le président américain Donald Trump a informé le Congrès et les autorités rwandaises de son intention de retirer le pays du programme African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui permet aux États africains bénéficiaires d’exporter certains produits vers le marché américain sans payer de droits de douane. La mesure devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2027.
Par Charles Muhindo
Annoncée le lundi 2 novembre par le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, cette décision vient s’ajouter aux sanctions déjà prises contre plusieurs institutions et responsables rwandais. Elle est annoncée quelques jours après les mesures américaines contre le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, une institution financière liée aux services de sécurité du pays.
Le 28 octobre dernier, Washington avait annoncé des sanctions contre ces 2 structures, accusées de soutien militaire et financier du FRN/M23. Selon les autorités américaines, Kigali fournit des troupes, des armes, des équipements et un appui logistique à ce mouvement rebelle actif dans l’est de la RDC.
Avant ces nouvelles sanctions, les Forces de défense rwandaises (RDF) et plusieurs responsables rwandais avaient déjà été visés par d’autres sanctions américaines, suite à leur présumée implication dans la guerre en RDC. Le ministère de la Défense et la banque Zigama ont ainsi allongé la liste des structures rwandaises ciblées.
Mais les motifs évoqués par Washington pour écarter le Rwanda de l’AGOA ne concernent pas seulement son rôle dans le conflit en RDC. Dans son communiqué du 2 novembre, Jamieson Greer évoque également les restrictions imposées au commerce et aux investissements américains, les problèmes liés à l’État de droit, le manque de pluralisme politique, les droits des travailleurs et les violations des droits humains.
L’administration Trump reproche également à Kigali certaines pratiques qui, selon elle, menacent les intérêts américains en matière de sécurité nationale et de politique étrangère dans la région.
Ces critiques touchent directement au fonctionnement du pouvoir de Paul Kagame. Le Rwanda est régulièrement critiqué pour les restrictions imposées à l’opposition politique, aux médias et aux voix opposées au régime. Les libertés publiques et le pluralisme politique sont également parmi les critiques formulées contre le régime rwandais.
Avec cette décision, les États-Unis ne s’en tiennent donc plus aux seules sanctions liées à la guerre dans l’est de la RDC. Ils pointent aussi du doigt la gouvernance et le respect des droits fondamentaux au Rwanda.
Le Rwanda et l’Afrique du Sud sont concernés par cette décision américaine, mais pour des motifs différents. Pour Kigali, la perspective de perdre les avantages de l’AGOA s’ajoute aux sanctions qui touchent déjà son armée, son ministère de la Défense et certaines institutions financières.
Alors que les accusations américaines sur le soutien du Rwanda au FRN/M23 continuent de peser sur les relations entre Washington et Kigali, le régime de Paul Kagame doit désormais aussi faire face aux dénonciations américaines sur sa politique intérieure.













