Crise politique en RDC : l’orage passé, la page du dialogue national est-elle, elle aussi, définitivement tournée ?

Crise politique en RDC : l’orage passé, la page du dialogue national est-elle, elle aussi, définitivement tournée ?

Il y a quelques semaines encore, le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi était considéré comme l’un des grands rendez-vous attendus en République démocratique du Congo. Car, après plusieurs mois d’hésitation, le chef de l’État avait fini par dire oui après ses échanges avec la CENCO et l’ECC. Une ordonnance pour préciser les modalités du dialogue avait alors été annoncée. Dans l’opposition, on réclamait justement cette convocation officielle afin d’être fixé sur le format, les participants et surtout sur la manière dont les travaux devraient se dérouler.

Par Charles Muhindo

L’ordonnance est finalement sortie le 13 septembre. Elle a institué un comité d’organisation préliminaire chargé de préparer le processus et de travailler notamment sur la mise en place de la commission préparatoire. Mais elle n’a fixé ni le jour où le dialogue devrait effectivement commencer ni ceux qui devraient précisément le diriger. Elle n’a pas non plus donné toutes les précisions que certains opposants attendaient. Depuis cette publication, plus rien ne semble avancer.

Près de deux semaines après l’ordonnance présidentielle, aucune date de début du dialogue n’a encore été annoncée. On ne voit pas non plus d’activité en cours qui indiquerait une préparation concrète de cette rencontre et confirmerait que le processus est bel et bien lancé. Le comité existe sur le papier, mais les Congolais attendent encore les prochaines étapes.

On n’a pas encore perdu de vue le contexte dans lequel le dialogue avait été annoncé. Pendant plusieurs semaines, l’opposition avait menacé de descendre dans la rue contre le projet de référendum et contre tout changement de la Constitution. Prévue d’abord le 8 juillet, puis reportée au 22 juillet, cette manifestation avait finalement eu lieu le 15 septembre.

Avant le 15 septembre, toute l’attention était donc tournée vers la rue, avec des questions qui restaient sans réponses : comment serait la mobilisation des opposants ? Est-ce que l’opposition réussirait à réunir suffisamment de Congolais jusqu’à faire trembler le régime ? Le pouvoir craignait-il réellement de voir cette journée dégénérer en une grande manifestation dans la rue ? Les questions étaient nombreuses, surtout après les reports successifs de la marche et les menaces de la C64.

Le 15 septembre est finalement arrivé. La manifestation a bel et bien eu lieu, mais elle ne semble pas avoir provoqué la secousse nationale que beaucoup redoutaient. Kinshasa n’a pas été paralysée et le pays n’a pas connu la situation inédite tant espérée par les manifestants. L’opposition est donc descendue dans la rue, mais elle n’a pas réussi à donner à cette journée l’ampleur que beaucoup lui attribuaient avant sa tenue.

Une semaine plus tard, le pouvoir a lui aussi mobilisé ses partisans et est descendu dans la rue. Le 22 septembre, l’UDPS et ses alliés ont organisé une marche à Kinshasa pour soutenir Félix Tshisekedi. Cette manifestation a permis au camp présidentiel de montrer, à son tour, qu’il pouvait faire parler la rue.

C’est à partir de là que le silence sur le dialogue semble avoir pris une autre dimension. Avant le 15 septembre, l’attention était largement tournée vers la manifestation de l’opposition et ses conséquences possibles dans la capitale. Après cette journée, puis après celle organisée par le camp présidentiel, le dossier du dialogue semble de plus en plus écarté de l’agenda des autorités congolaises.

Il est évidemment trop tôt pour conclure que le pouvoir a décidé de tourner définitivement la page. Car rien dans l’ordonnance du 13 septembre ne dit que le processus a été abandonné et aucun officiel ne l’a annoncé. Mais le fait est qu’entre l’annonce du président de la République, faite il y a près de deux semaines, et la tenue effective du dialogue, le chemin semble aujourd’hui bien plus long qu’on pouvait l’imaginer.

Car, si la crainte d’une très grande mobilisation de l’opposition était l’un des éléments susceptibles de pousser le régime à accepter la tenue d’un dialogue, ce qui s’est passé le 15 septembre a montré que cette pression n’était peut-être pas aussi forte qu’on pouvait le penser. Le pouvoir a ensuite organisé sa propre marche le 22 septembre. Le rapport de force dans la rue ne semble donc pas avoir été à l’avantage de l’opposition.

Ainsi, la grande manifestation que l’on attendait depuis juillet est passée. Elle a été organisée le 15 septembre et n’a pas produit le bouleversement que certains redoutaient. Dans cette hypothèse, le pouvoir ne ressentirait plus la même pression pour organiser un dialogue qu’il se refusait à organiser depuis plusieurs mois.

Peut-être faudra-t-il une nouvelle pression de l’opposition, une nouvelle mobilisation dans la rue ou un autre événement majeur pour remettre le dossier au premier plan. Car, à ce stade, l’orage que beaucoup redoutaient autour de la manifestation du 15 septembre est déjà passé. La manifestation a eu lieu, le pouvoir a répondu dans la rue le 22 septembre et le pays continue de fonctionner.

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