Le format du dialogue annoncé par Félix Tshisekedi continue de diviser en RDC. D’un côté, certains estiment qu’il faut mettre autour d’une même table toutes les parties capables d’influencer la situation dans le pays, y compris celles qui ont pris les armes. De l’autre, cette idée fait peur. Car accepter le M23 ou d’autres groupes armés dans un dialogue national peut donner l’impression qu’il suffit de prendre les armes, d’occuper une partie du pays et d’attendre ensuite les négociations pour obtenir un poste dans la gestion de la République.
Par Charles Muhindo
C’est là que se trouve le problème. La RDC a déjà connu plusieurs processus dans lesquels d’anciens rebelles ont été intégrés dans l’armée, les institutions ou la vie politique. Ces arrangements ont certes permis de faire taire les armes pendant un temps. Mais ils n’ont pas réussi à empêcher certains acteurs de reprendre les armes et de combattre de nouveau la République. Dans un passé récent, après plusieurs dialogues, on a vu des combattants être réintégrés, de nouveaux groupes se créer et le pays se retrouver une nouvelle fois confronté à la même situation. Dès lors, cette manière de rechercher la paix ne risque-t-elle pas aussi d’encourager ceux qui pensent que les armes peuvent constituer un raccourci vers le pouvoir ?
Le problème est qu’il serait également difficile de faire comme si le M23 n’existait pas. Le mouvement contrôle des territoires, dispose de dizaines de milliers de combattants et constitue un acteur majeur de la situation sécuritaire actuelle dans l’Est. On peut décider de ne pas le considérer comme une force légitime, mais cela ne fait pas disparaître sa présence sur le terrain pour autant. Si un dialogue est organisé uniquement à Kinshasa entre Félix Tshisekedi, Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et d’autres acteurs politiques, pendant que le M23 poursuit ses activités dans les territoires qu’il contrôle, peut-on réellement espérer une solution complète à la crise ?
C’est ici que le débat devient plus complexe. Parler avec un groupe armé ne signifie pas nécessairement lui accorder un poste ou reconnaître sa manière d’avoir cherché à conquérir le pouvoir. Mais refuser de dialoguer avec lui peut également rendre plus difficile la fin de la guerre. Il faut donc faire une distinction entre discuter avec un groupe pour obtenir la cessation des combats et lui offrir une place politique en raison de sa capacité à prendre les armes. Les deux choses ne sont pas forcément les mêmes.
La RDC doit surtout éviter de retomber dans un système où chaque nouvelle rébellion finit par être suivie d’un partage des postes. Car si un Congolais constate que sa formation politique peut échouer aux élections, qu’il peut prendre les armes, s’emparer d’une ville et finir, quelques années plus tard, autour d’une table avec Kinshasa, quel message lui envoie-t-on ? C’est cette question qui mérite d’être posée. La paix est nécessaire, mais elle ne devrait pas devenir une récompense pour ceux qui ont choisi la violence.
En même temps, le pays ne peut pas rester éternellement dans cette logique de guerre. Les Congolais de l’Est veulent avant tout vivre en sécurité, retourner dans leurs villages et reprendre leurs activités. Ils n’attendent pas seulement de Kinshasa un grand débat politique. Ils veulent que les combats cessent. Ils veulent également savoir ce qui sera fait pour que les mêmes problèmes ne se reproduisent pas quelques années plus tard.
Finalement, le véritable défi du dialogue n’est peut-être pas simplement de savoir qui sera invité ou qui sera exclu. Il consiste plutôt à trouver une formule permettant de parler aux acteurs qui détiennent les armes, sans transformer la détention d’une arme en un moyen normal d’accéder au pouvoir. Si le M23 doit être approché dans le cadre de la recherche de la paix, cela ne devrait pas automatiquement signifier qu’il devient une composante politique comme les autres. Et si le dialogue doit être inclusif, il doit également être accompagné de règles claires sur la fin de la guerre, le respect de l’intégrité territoriale du pays, le retour de l’administration de l’État dans les zones occupées et la question de la justice.
C’est peut-être à ce niveau que la RDC doit chercher une voie de sortie. Car exclure ceux qui contrôlent le terrain ne rendra que la paix plus difficile à obtenir. Mais récompenser ceux qui ont pris les armes peut préparer la prochaine guerre. Entre ces deux risques, le pays doit trouver une solution qui permette de mettre fin à la crise actuelle sans préparer une nouvelle crise demain.













