Par Charles Muhindo
Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire après les violences enregistrées lors des manifestations de l’opposition du 15 septembre 2026 à Kinshasa et dans plusieurs autres villes de la RDC. Il demande au procureur général près la Cour de cassation de faire la lumière sur les violences, les blessures, les destructions, les décès signalés ainsi que les interpellations.
L’annonce intervient après plusieurs jours de réactions et de demandes d’enquête formulées par des opposants et certaines organisations de la société civile. La C64 accuse notamment des présumés membres de la Force du progrès d’avoir attaqué des manifestants. Manassé Lomboto, un militant, est notamment décédé après avoir été agressé. Plusieurs autres personnes ont été blessées. Des scènes de violences ont par ailleurs été filmées à différents endroits, fournissant potentiellement des éléments susceptibles d’aider à identifier certaines personnes impliquées.
Mais annoncer une enquête ne suffit pas. L’enjeu est désormais de savoir ce que les enquêteurs vont réellement établir et, surtout, ce qui sera fait des résultats. Les autorités poursuivront-elles les personnes reconnues responsables, y compris si certaines sont proches du pouvoir ? C’est là que se situe l’une des principales attentes.
Si des auteurs sont identifiés à partir des vidéos, des images ou des témoignages, leur appartenance à telle ou telle structure ne devrait pas, en principe, les soustraire aux poursuites. Une enquête crédible devra ainsi établir les responsabilités sur la base des faits et des preuves, indépendamment des affiliations politiques des personnes mises en cause.
Les précédentes manifestations de l’opposition alimentent toutefois les interrogations. Lors d’un précédent sit-in à Kinshasa, des leaders de l’opposition avaient été blessés, des véhicules incendiés et des permanences de partis attaquées. Certaines personnes avaient également été filmées en train de participer aux violences. Plusieurs mois plus tard, l’opinion ne sait toujours pas clairement quelles enquêtes ont été menées, quelles personnes ont été interpellées ou poursuivies et quelles suites judiciaires ont été données à ces dossiers.
Dans ce contexte, l’annonce du ministère de la Justice est accueillie avec prudence par ceux qui réclament une enquête. Une procédure crédible devra prendre en compte les violences commises par tous les camps et examiner également les conditions dans lesquelles certains manifestants ont été interpellés. Si des preuves sont établies contre des membres de la Force du progrès ou contre toute autre personne, les mêmes règles de droit devront s’appliquer à tous.
Désormais, seule la suite de la procédure permettra de mesurer la portée réelle de cette décision. L’opinion attend que les responsabilités soient établies et que, lorsque les preuves le justifient, des poursuites soient engagées. À défaut, une enquête annoncée puis abandonnée, sans suites visibles malgré l’existence d’images et de témoignages, pourrait renforcer les doutes de ceux qui y voient une simple opération destinée à calmer les demandes d’enquête.
Pour l’heure, Guillaume Ngefa a annoncé l’ouverture d’une enquête. Reste à savoir ce qu’elle permettra réellement d’établir et quelles suites judiciaires lui seront réservées.













