Est de la RDC : le M23 intensifie les enlèvements tandis que les ADF continuent de tuer des civils

Est de la RDC : le M23 intensifie les enlèvements tandis que les ADF continuent de tuer des civils

Bien que le mois de juillet 2026 ait été marqué par une diminution des affrontements armés dans l’Est de la République démocratique du Congo, les populations ont continué à payer le prix fort de l’insécurité. Dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, les civils ont continué à être ciblés, notamment à travers les enlèvements, les tueries et les déplacements forcés.

Par Charles Muhindo

Selon le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), 247 incidents sécuritaires ont été documentés au cours du mois, soit le niveau le plus bas enregistré depuis la reprise de ses activités en octobre 2025. Ce chiffre représente une baisse de 30 % par rapport à la moyenne mensuelle observée depuis cette période. malgré cette diminution des combats, les enlèvements de civils se sont multipliés.

Le KST a recensé 203 personnes enlevées en juillet, soit une hausse de 41 %. Le M23 arrive en tête avec 93 victimes, principalement dans la ville de Goma et le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Plusieurs de ces enlèvements ont été opérés lors des arrestations collectives, notamment contre des personnes accusées de n’avoir participé à certaines activités organisées par la rébellion.

Le 1er juillet, au moins 33 personnes ont ainsi été arrêtées à Goma après avoir célébré dans les rues un but marqué par les Léopards de la RDC. Trois jours plus tard, elles ont été relâchées. Dans la nuit du 5 au 6 juillet, au moins 50 autres personnes ont été interpellées dans plusieurs quartiers de la ville pour n’avoir pas pris part à une marche contre les sanctions de l’ONU visant l’AFC/M23. Certaines ont été libérées quelques jours après mais d’autres seraient toujours détenues.

« Durant le mois de juillet, les espaces sous contrôle et influence de la rébellion du M23 ont connu moins de combats et davantage d’atteintes directes aux civils, typiquement des enlèvements et des kidnappings. Ce profil de violence suggère une logique de consolidation du contrôle territorial plutôt que des ambitions offensives expansionnistes. Sur la période, aucun des affrontements documentés ne visait une expansion territoriale, ceux-ci relevant plutôt de réactions aux incursions ou attaques des groupes de la mouvance Wazalendo », mentionne le rapport consulté par Reporter.cd ce jeudi.

Cette situation ne s’est pas limitée à Goma. Le 20 juillet, à Minova, dans le territoire de Kalehe, le président du Réseau de protection et de plaidoyer de Minova et 7 autres jeunes ont été enlevés. Le M23 leur reprochait de n’avoir pas participé à une marche qu’il avait organisée. À Kirumba, dans le territoire de Lubero, 6 hommes ont également été arrêtés le 25 juillet, accusés de collaborer avec un député national pour déstabiliser la commune rurale.

Dans le territoire d’Uvira, 22 personnes ont été emmenées le 31 juillet, dans un site où avaient trouvé refuge des populations déplacées. Parmi elles figuraient 20 jeunes garçons. Leur sort reste inconnu jusqu’à ces jours.

La diminution des combats ne signifie toutefois pas que le M23 a cessé ses opérations militaires. Le territoire de Rutshuru est resté l’un des principaux champs d’affrontements. Le KST y a recensé 15 des 31 combats lancés par le mouvement rebelle au cours du mois de juillet, principalement contre les FDLR et leurs alliés.

Dans l’Ituri, par ailleurs, alors que la CRP et la Codeco ont diminué leur activisme, les ADF ont continué à s’en prendre aux civils. Le territoire de Mambasa a particulièrement été visé, avec 49 de 114 tueries perpétrées par les ADF durant le mois.

Le 15 juillet, 14 civils ont été tués à Kalunga, dans la commune rurale de Mangina, territoire de Beni. Six jours plus tard, 12 autres personnes ont été tuées à Makumo, dans le territoire de Lubero. Le 22 juillet, 18 civils ont perdu la vie à Mununzei, dans le territoire de Beni, lors d’une incursion qui a duré près de 2 heures. Le même groupe a ensuite attaqué Njiapanda, dans le territoire de Mambasa, où 18 autres civils ont été tués.

« La thèse des tueries en représailles aux opérations militaires est de moins en moins soutenable. Depuis quelques semaines, les ADF massacrent davantage lorsque la pression directe sur eux est faible, et leurs tueries s’inscrivent dans des phases d’activisme où ils initient aussi les affrontements. Le territoire de Mambasa, en Ituri, est devenu le principal foyer de l’activisme des ADF, avec 49 des 114 tueries qui leur sont attribuées en juillet 2026 », déplore le KST.

Le 31 juillet, une nouvelle attaque a été signalée contre le site minier de Mungu Iko, dans le groupement Teturi, à Mambasa. Dix personnes y ont été tuées. Ces attaques ont aussi provoqué des déplacements des populations, notamment à Makumo, où les assaillants ont pillé puis incendié des maisons de commerce.

Dans la chefferie de Kakwa, en territoire d’Aru, des éléments des forces sud-soudanaises ont enlevé 11 personnes le 1er juillet. Sept autres habitants avaient été enlevés la veille dans la même localité et conduits vers le Soudan du Sud. Leur sort demeure toujours inconnu’

D’autres groupes sud-soudanais ont également fait des incursions dans cette partie de l’Ituri. Le 22 juillet, des combattants du National Salvation Front ont attaqué le village d’Arile, emportant du bétail et d’autres biens. Trois habitants qui avaient tenté de résister ont été blessés, dont 2 sont morts quelques heures plus tard.

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