Félix Tshisekedi en Israël : et si Kinshasa mettait à profit son rapprochement avec Jérusalem pour combattre le terrorisme en RDC ?

Félix Tshisekedi en Israël : et si Kinshasa mettait à profit son rapprochement avec Jérusalem pour combattre le terrorisme en RDC ?

La visite de Félix Tshisekedi en Israël intervient dans un contexte marqué par la lutte contre l’insécurité dans l’Est de la RDC. Lors de son séjour à Jérusalem, le président congolais s’est entretenu avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Isaac Herzog, notamment sur la sécurité et la défense, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et des hautes technologies. Le rapprochement entre Kinshasa et Jérusalem, suscite des interrogations : la RDC peut-elle réellement s’appuyer sur l’expérience israélienne pour mieux combattre le terrorisme qui s’enracine de plus en plus sur son territoire ?

Par Charles Muhindo

Cette question vaut son pesant d’or, au regard de la situation dans le Nord-Kivu et en Ituri où les attaques des ADF contre les civils s’intensifient faisant des morts, des enlèvements, des maisons incendiées et des déplacements de populations, malgré les opérations de traques contre ce groupe armé par les forces mutualisées FARDC-UPDF. Face à un groupe armé aussi dangereux, les effectifs de l’armée ne suffisent pas. Une stratégie de localisation des terroristes, la maîtrise de leurs mouvements, et le suivi de leur réseau, permettent de bien contenir l’insécurité avant une nouvelle incursion.

Le rapprochement entre Kinshasa et Tel-Aviv s’inscrirait dans cette dynamique. L’État hébreu a développé, au fil des années, une importante expérience dans le renseignement, la surveillance, l’utilisation des drones et d’autres technologies liées aux opérations militaires. Alors que la RDC reste au bas de l’échelle sur le plan technologique, l’expérience de l’Israël dans la lutte contre le terrorisme, aiderait Kinshasa avec certaines méthodes et outils, notamment l’amélioration de la surveillance dans les zones opérationnelles des ADF permettrait à l’armée de contrôler davantage les déplacements des combattants, afin de peaufiner les opérations.

Certains observateurs estiment qu’il serait « dommage » que la coopération annoncée entre les deux pays se limite aux domaines économique et diplomatique, alors que la sécurité reste une préoccupation pour Kinshasa. Selon les informations disponibles, la RDC a sollicité les investissements, notamment dans les nouvelles technologies, ainsi que l’expertise israélienne dans l’agriculture, la santé et dans la gestion de l’eau. Mais elle a aussi besoin de renforcer ses capacités de défense. Si Kinshasa veut réellement construire avec Israël un partenariat « moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique », comme l’a déclaré Félix Tshisekedi, la sécurité s’impose dans les coopérations bilatérales.

L’insécurité va au-delà de l’activisme des ADF. En Ituri, la CODECO, bien qu’étant une milice locale, demeure une menace pour les populations de Djugu et d’autres territoires. Dans les deux Kivu, d’autres groupes armés restent également actifs, notamment le M23 qui administre parallèlement une grande partie de l’Est du pays. Composée des branches politique (AFC) et militaire (M23), ce groupe armé opère avec le moyens technologiques avancés. Une armée loyaliste disposant de moyens efficaces de renseignement, de surveillance et de communication pourrait être mieux outillée pour faire face à ces différentes menaces.

Une chose est certaine : en se rapprochant d’Israël, la RDC pourrait aussi attirer l’attention de groupes islamistes radicaux qui considèrent l’État hébreu comme un ennemi. Les ADF, qui se réclament de la mouvance de l’État islamique, pourraient notamment exploiter ce rapprochement dans leur propagande. Kinshasa doit donc pouvoir envisager cette éventualité. Si le pays décide de renforcer sa coopération sécuritaire avec Israël, il devra également renforcer ses capacités pour faire face à d’éventuelles représailles de ces groupes.

La RDC peut même profiter de ce rapprochement pour réfléchir à une coopération associant sécurité, technologie et ressources stratégiques. Le pays possède d’importantes ressources minières utilisées dans les secteurs technologiques et industriels. Avec les États-Unis, Kinshasa a déjà conclu un accord dans lequel les minerais stratégiques occupent une place importante, avec l’espoir que cette coopération contribue également à ramener la paix. Jusqu’ici, cependant, les signes concrets restent attendus et beaucoup de Congolais espèrent encore voir les effets de ces engagements sur le terrain.

Dans ce contexte, pourquoi ne pas envisager une autre forme de coopération avec Israël ? Un partenariat dans lequel les investissements israéliens et l’accès aux ressources congolaises seraient accompagnés d’un véritable volet consacré à la sécurité, à la technologie et à la formation des FARDC. Israël dispose de capacités reconnues dans plusieurs domaines dont la RDC pourrait tirer profit aujourd’hui : surveillance, drones, renseignement, cybersécurité et technologies de défense.

Il ne serait évidemment pas question de faire venir l’armée israélienne combattre en RDC, mais plutôt de permettre aux FARDC d’acquérir certains outils, compétences et connaissances grâce à une coopération avec Israël.

En effet, la RDC a déjà beaucoup parlé de partenariats et d’accords avec différents pays. Le problème, aujourd’hui, n’est donc plus seulement de signer de nouveaux textes. Il faut surtout que ces accords produisent des effets palpables. Félix Tshisekedi l’a d’ailleurs reconnu à Jérusalem, en insistant sur la nécessité de ne pas mesurer le partenariat entre les deux pays uniquement au nombre d’accords signés, mais à leur mise en œuvre et aux résultats obtenus.

Le rapprochement avec Israël peut ainsi constituer une nouvelle occasion pour Kinshasa. La RDC ne devrait pas attendre d’un seul pays qu’il règle à sa place le problème de l’Est. Elle peut plutôt chercher auprès de chaque partenaire ce qu’il est réellement capable de lui apporter. Avec Israël, l’une des priorités pourrait justement être de tirer profit de son expérience en matière de lutte contre les groupes terroristes et d’utilisation des nouvelles technologies au service de la sécurité.

Si la dernière visite de Tshisekedi débouche seulement sur de nouvelles déclarations d’amitié et des accords économiques, l’occasion pourrait être manquée. Mais si la RDC parvient à obtenir une coopération sérieuse dans le renseignement, la technologie et la défense, ce rapprochement pourrait réellement produire des effets. Face aux ADF et aux autres groupes armés qui continuent de faire souffrir les populations dans l’Est, Kinshasa disposerait alors d’un nouveau partenaire capable de contribuer au renforcement de ses capacités et, à terme, à la restauration de l’autorité de l’État.

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