La déclaration de trop ? Les attaques contre la CENCO divisent jusque dans l’Union sacrée

La déclaration de trop ? Les attaques contre la CENCO divisent jusque dans l’Union sacrée

La polémique autour de la révision de la Constitution a pris une nouvelle dimension ces derniers jours en RDC. Alors que la CENCO a exprimé ses inquiétudes sur l’opportunité d’une démarche dans le contexte actuel, la réaction de l’Union sacrée a été particulièrement dure. Dans une déclaration faite mardi dernier à l’issue d’une conférence des présidents, la coalition au pouvoir a accusé les évêques catholiques de tenir un discours qui relève de la subversion et a même évoqué de supposés liens entre certains responsables de l’Église, l’ancien président Joseph Kabila, le Rwanda et le M23. Des accusations graves qui ont tout naturellement suscité de nombreuses réactions dans l’opinion

Parmi les premières personnalités à monter au créneau figure Moïse Katumbi. Pour le président d’Ensemble pour la République, les critiques dirigées contre l’Église catholique dépassent le cadre du débat constitutionnel. Dans son intervention faite ce mercredi, il a présenté la CENCO comme une institution qui a souvent joué un rôle important dans les moments difficiles de l’histoire du pays. Selon lui, s’en prendre aux évêques parce qu’ils expriment une position différente de celle du pouvoir constitue un mauvais signal pour la démocratie. Katumbi estime également que le pouvoir a tendance à présenter toute opinion contraire au sien comme une forme de complicité avec les ennemis de la nation.

« Il est absolument inadmissible d’assister à ce déferlement de critiques, à cette méchanceté organisée et à cette campagne de diabolisation contre l’Église catholique. Cette Église est notre repère moral, notre boussole dans la tempête, la conscience de la Nation. Avec ce régime, la méthode est désormais connue : dès que vous osez exprimer un avis contraire, vous êtes immédiatement taxé de complicité avec l’agresseur, traité d’antipatriote. C’est lâche et dangereux.
Qu’on se le rappelle : cette même Église que le pouvoir vilipende aujourd’hui est celle qui s’est tenue debout pour arracher l’alternance pacifique. Une alternance dont profitent aujourd’hui ceux-là mêmes qui l’insultent. Quelle ingratitude ! Quelle amnésie politique », a réagi l’opposant congolais.

Mais au-delà des déclarations de l’opposition, c’est surtout ce qui s’est passé à l’intérieur même de l’Union sacrée qui retient l’attention. Plusieurs sources ont affirmé que certains cadres de la majorité n’ont pas apprécié le ton employé dans la déclaration contre la CENCO. Des responsables de la coalition auraient quitté la réunion avant la lecture de la déclaration refusant d’associer leur nom à un document qu’ils jugeaient excessif. Ces informations laissent penser que la stratégie consistant à attaquer frontalement l’Église catholique ne fait pas l’unanimité, même parmi les soutiens de Félix Tshisekedi. Pour certains membres de la coalition, il était possible de répondre aux évêques sans recourir à des accusations aussi lourdes.

« On était nombreux à trouver irresponsable la déclaration, même si on devait réagir à la position de la CENCO. J’ai été obligé de quitter la réunion de l’Union sacrée avec quelques collègues, vue la bassesse de la déclaration », ont respectivement indiqué au journaliste Bujakera des responsables au sein de la coalition.

La réaction de Mgr Donatien Nshole est venue, elle aussi, s’ajouter au débat. Le secrétaire général de la CENCO a dénoncé une déclaration qu’il considère comme une tentative de détourner l’attention de véritables problèmes du pays. Il a rappelé que la RDC reste confrontée à une situation sécuritaire préoccupante dans l’Est ainsi qu’à la progression de l’épidémie d’Ebola. Selon lui, la priorité devrait être de trouver des solutions à ces défis plutôt que d’ouvrir une confrontation avec l’Église. Il a également insisté sur le fait que la position de la CENCO est celle de l’ensemble des évêques et non celle de quelques individus comme l’a laissé entendre l’Union sacrée.

Depuis plusieurs mois, les discussions sur une éventuelle révision constitutionnelle divisent la classe politique. Désormais, elles semblent aussi mettre à l’épreuve les relations entre le pouvoir et certaines institutions qui ont une vraie influence dans la société congolaise. En choisissant de répondre avec autant de mépris à la CENCO, l’Union sacrée a probablement voulu défendre son projet politique. Mais les réactions enregistrées depuis montrent que cette démarche pourrait également avoir ouvert un nouveau front, y compris dans ses propres rangs.

La question qui se pose aujourd’hui est donc de savoir si cette déclaration marquera un simple épisode ou le début d’une crise au sein même de la coalition au pouvoir. Une chose est certaine : au lieu d’apaiser le débat sur la Constitution, les attaques contre la CENCO n’ont plutôt fait que rallumer davantage le feu, se dit-on.

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