Par Charles Muhindo
Le projet d’autorisation de la culture du cannabis à des fins médicales et scientifiques suscite des réserves au Nord-Kivu, province confrontée depuis plusieurs années à l’insécurité et à la présence de groupes armés. Si les autorités mettent en avant les perspectives économiques, médicales et scientifiques de cette nouvelle filière, certains responsables locaux redoutent des détournements vers les circuits illicites.
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu et député national, Carly Nzanzu Kasivita, a interpellé le gouvernement sur cette question. Dans une lettre adressée le 19 août au ministre de l’Intérieur, il fait part de ses préoccupations concernant la campagne de sensibilisation menée autour de la culture du cannabis dans la province.
Selon cet élu, le contexte sécuritaire du Nord-Kivu ne serait pas suffisamment favorable à une telle initiative. Il cite notamment l’activisme des ADF, la présence de nombreux groupes armés, la porosité des frontières et les difficultés de l’État à contrôler certaines zones de la province.
La campagne avait été lancée début août à Beni par des experts du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire. Le projet prévoit notamment la culture, la commercialisation et la recherche scientifique autour du cannabis, avec la participation d’acteurs locaux et la mise en place envisagée d’une coopérative destinée à accompagner les producteurs.
À Butembo, le principe d’une culture destinée aux usages autorisés ne fait pas nécessairement l’unanimité contre lui. Le pasteur Wanyenga Mangala, de l’Église El Shadai, appelle toutefois à une distinction claire entre le cannabis destiné à des fins médicales ou scientifiques et celui utilisé comme stupéfiant.
Le sociologue Mbusa Mayani insiste également sur la nécessité d’un dispositif de contrôle strict afin d’éviter que la production légale ne soit détournée vers les réseaux de consommation illicite.
De son côté, le psychiatre Erasme Kakirania, de l’Hôpital général de référence de Katwa, alerte sur les conséquences sanitaires d’une consommation non encadrée, notamment sur la santé mentale.
Les autorités défendent néanmoins les perspectives de cette filière, évoquant son potentiel pour la recherche, la production médicale, la création d’emplois et les revenus agricoles.
Le débat porte désormais moins sur le principe d’une exploitation réglementée que sur les garanties nécessaires à son encadrement. Dans une province où le contrôle territorial reste un défi majeur, les responsables locaux demandent au gouvernement de mesurer les risques sécuritaires avant tout déploiement à grande échelle.













