Par Charles Muhindo
Une task force spéciale a été mise en place lundi 10 août 2026 à Butembo, dans le Nord-Kivu, pour renforcer la lutte contre la maladie à virus Ebola. Elle réunit des Wazalendo, des membres de groupes de pression ainsi que des représentants de mouvements citoyens. Son objectif est d’appuyer les équipes de riposte et de lutter contre les comportements susceptibles de favoriser la propagation de l’épidémie dans la ville et ses environs.
Cette initiative intervient alors que la résistance à certaines mesures de la riposte s’est accentuée à Butembo. Des jeunes ont notamment été aperçus en train de toucher et de manipuler des corps de personnes décédées d’Ebola ainsi que leurs cercueils. Des cas ont notamment été signalés à Kyaghala et à Mizebere.
Ces comportements inquiètent les équipes de riposte, les personnes ayant été en contact avec les dépouilles contaminées pouvant ensuite exposer leurs proches et d’autres membres de la communauté.
La réunion ayant conduit à la création de cette task force s’est tenue au bureau relais du gouvernorat à Butembo-Vungi, sous la conduite de l’abbé Patrick Kasolene, conseiller du gouverneur du Nord-Kivu chargé des relations avec les forces vives. Les participants ont décidé de mutualiser leurs efforts pour soutenir la riposte et agir contre les actes susceptibles de mettre la population en danger.
« Nous venons de constituer une task force composée des volontaires pour la défense de la patrie, VDP, Wazalendo, et des leaders des groupes de pression autour du Conseiller du gouverneur en charge des relations avec la société civile, les mouvements citoyens, les groupes de pression et les initiatives d’auto-défense populaire. Cette task force sera chargée des dynamiques violentes qui défient la riposte et exposent dangereusement la communauté à cette épidémie Ebola. Après avoir assisté au cas de manipulation des corps ou cadavres déclarés positifs d’Ebola à Kyaghala et répété à Mizebere, nous prenons cette décision qui s’impose », a expliqué Guy Ngabo, porte-parole de la synergie des Wazalendo, qui lisait le communiqué final.
Les membres de la task force annoncent également leur intention de rechercher les personnes ayant touché ces corps afin de les soumettre à une mesure de quarantaine. Elles sont appelées à rester à domicile ou à rejoindre un centre de traitement Ebola, dans le but d’éviter que le contact avec une dépouille contaminée n’entraîne de nouvelles contaminations au sein des familles ou des quartiers.
« Tous ces jeunes gens dangereux dont les images circulent dans les réseaux sociaux en train de manipuler les corps contaminés doivent se mettre eux-mêmes en quarantaine. Dans le cas contraire, si nous les trouvons en circulation dans la communauté, nous allons nous-mêmes les mettre de gré ou de force en quarantaine. Cette mesure concerne tout le monde, sans exception. Qui pourra réitérer la même bêtise de manipuler les corps confirmés d’Ebola ? », a prévenu Guy Ngabo.
Butembo paie déjà un lourd tribut à cette épidémie. Plus de 300 décès dus à Ebola y ont été enregistrés depuis la réapparition de la maladie. Lundi 10 août, la ville a également perdu le Dr Charles Munyumu, un neurochirurgien réputé dans la région et présenté comme le seul spécialiste de cette branche médicale dans la contrée.
Sa disparition est particulièrement ressentie dans cette partie du Nord-Kivu, notamment par les familles de patients victimes d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou nécessitant une intervention neurochirurgicale, qui se confiaient à lui pour ce type de pathologies.
Malgré ces nombreuses pertes, la résistance à certaines mesures de la riposte demeure forte dans la ville. Des comportements susceptibles d’exposer directement la population continuent d’être signalés, notamment dans la gestion des dépouilles des personnes décédées d’Ebola.
Pour les Wazalendo, les groupes de pression et les mouvements citoyens réunis au sein de cette task force, il est désormais nécessaire d’agir pour faire comprendre à la population que la manipulation de corps contaminés n’est pas un acte sans conséquence et peut exposer l’ensemble de la communauté.
Les membres de cette structure affirment enfin vouloir s’impliquer dans cette lutte sans attendre de rémunération. Pour eux, la lutte contre Ebola relève d’une responsabilité collective et chacun doit contribuer à empêcher la maladie de faire davantage de victimes.













