« On ne peut pas diriger ce pays dans la division » : après des années de réticence, Félix Tshisekedi se ravise-t-il enfin ?

« On ne peut pas diriger ce pays dans la division » : après des années de réticence, Félix Tshisekedi se ravise-t-il enfin ?

Les propos de Félix Tshisekedi à Libreville, au Gabon, dimanche 16 août, ne passent pas inaperçus dans le contexte politique actuel en République démocratique du Congo. Devant des Congolais de la diaspora au Gabon, le président de la République a déclaré : « Pour développer un pays comme le Congo, il faut qu’il y ait cohésion nationale. On ne peut pas diriger ce pays dans la division. »

Par Charles Muhindo

Cette déclaration intervient à un moment précis, alors que la question d’un dialogue national inclusif est de nouveau sur la table et que le chef de l’État a annoncé une prochaine adresse à la Nation consacrée à cette question.

Compte tenu du passé politique récent du pays, ces propos peuvent apparaître comme un changement de ton après plusieurs années durant lesquelles Félix Tshisekedi a été régulièrement accusé par ses adversaires de ne pas avoir suffisamment œuvré au rapprochement entre les Congolais.

Dans l’opposition, plusieurs voix lui reprochent notamment certaines prises de position et certains discours qui auraient, selon elles, contribué à renforcer les clivages politiques, communautaires et ethniques. La campagne électorale de 2023 a notamment été marquée par de vives attaques contre Moïse Katumbi, notamment autour de ses origines et de ses supposés liens avec des puissances étrangères, dont le Rwanda. Denis Mukwege et d’autres personnalités ont également été accusés par leurs détracteurs d’être proches d’États voisins impliqués dans la déstabilisation et le pillage des ressources congolaises.

À cela s’est ajoutée une pratique devenue particulièrement visible ces dernières années : assimiler certains adversaires politiques à des personnes proches du Rwanda. Des opposants au pouvoir ont ainsi été accusés d’agir au profit de l’ennemi ou d’entretenir des liens avec des acteurs considérés comme hostiles à la RDC. Joseph Kabila, comme plusieurs autres responsables politiques, militaires et acteurs de la société civile, a été visé par ce type d’accusations.

Dans un contexte sécuritaire marqué par la guerre dans l’est du pays, ces accusations ont souvent été justifiées par la nécessité de lutter contre les réseaux soupçonnés de soutenir les groupes armés. Mais leurs détracteurs estiment qu’elles contribuent aussi à fragiliser la confiance entre Congolais.

Certains opposants au pouvoir affirment également que des arrestations visant des responsables de l’armée ou de la police auraient parfois été influencées par leur origine ou leur appartenance communautaire. Ces accusations doivent toutefois être examinées au cas par cas afin de distinguer les éventuelles considérations identitaires des procédures fondées sur des infractions établies.

C’est dans ce contexte que l’appel présidentiel à la cohésion nationale peut surprendre. Depuis plusieurs mois, une partie de l’opposition réclame la tenue d’un dialogue national inclusif. Elle souhaite que ces assises réunissent les différentes forces politiques et sociales du pays afin de rétablir la confiance, de réduire les divisions et de rechercher un compromis sur les principales questions qui opposent actuellement les Congolais.

Le pouvoir de Félix Tshisekedi s’est pourtant longtemps montré réservé face à cette démarche. La présidence a privilégié d’autres cadres de concertation et estimé, à plusieurs reprises, que certaines revendications de l’opposition ne justifiaient pas nécessairement l’organisation d’un grand dialogue national.

Aujourd’hui, le discours présidentiel semble évoluer. Félix Tshisekedi affirme qu’il est impossible de développer la RDC dans la division et annonce une prochaine adresse à la Nation sur le dialogue national inclusif.

Reste désormais à savoir si cette nouvelle déclaration sera suivie d’actes capables de rassurer ceux qui réclament depuis longtemps une véritable cohésion nationale. Pour une opposition qui estime que cette cohésion a été fortement mise à mal ces dernières années, les déclarations ne suffiront pas à rétablir la confiance.

La question est donc de savoir si Félix Tshisekedi veut réellement engager le pays vers un rassemblement autour d’un intérêt commun ou si son discours relève principalement de la stratégie politique. Si le dialogue annoncé ouvre effectivement la porte aux différentes sensibilités politiques et sociales du pays, il pourrait constituer un point de départ vers une sortie de crise.

Dans le cas contraire, les propos tenus à Libreville risquent de rester comme un nouvel appel présidentiel à l’unité sans véritable traduction politique.

Pour l’instant, Félix Tshisekedi semble en tout cas remettre publiquement au centre du débat une idée que ses adversaires affirment lui réclamer depuis longtemps : sans cohésion nationale, il sera difficile de reconstruire la République démocratique du Congo.

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