RDC: à l’ONU, Judith Suminwa exige l’exécution des accords de paix et dénonce l’agression rwandaise

RDC: à l’ONU, Judith Suminwa exige l’exécution des accords de paix et dénonce l’agression rwandaise

Par Emmanuel Medina

Devant le concert des nations, Judith Suminwa a dressé un bilan sombre de plus de trois décennies de conflits, marqués par des déplacements forcés, des violences sexuelles massives et le recrutement d’enfants soldats. Elle a pointé du doigt un « écart inacceptable » entre les traités internationaux et la réalité tragique vécue par les populations congolaises.

La Première ministre a nommément désigné le Rwanda comme le principal responsable de cette déstabilisation, accusant Kigali de mener une « guerre d’agression » sous le couvert de la coalition AFC/M23. Les groupes armés des Forces démocratiques alliées (ADF) et de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) ont également été cités comme des vecteurs majeurs de la crise humanitaire actuelle.

« Nous n’attendons pas de nouveaux textes, nous attendons leur exécution »

Bien que Kinshasa réaffirme son choix de privilégier la voie diplomatique, le gouvernement congolais affiche sa lassitude face à l’inertie internationale. Judith Suminwa a rappelé l’existence de plusieurs instruments de paix majeurs :l’accord de paix de Washington du 27 juin 2025, les engagements du processus de Doha et la feuille de route harmonisée de l’Union africaine.

S’appuyant sur la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, la cheffe du gouvernement a énuméré les exigences non négociables de la RDC : la cessation immédiate des hostilités, le retrait des troupes rwandaises du sol congolais, le démantèlement des administrations parallèles de l’AFC/M23 et le rétablissement de l’autorité de l’État.

« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a-t-elle martelé, plaidant pour une fusion coordonnée de ces différents mécanismes sous une vérification indépendante et assortie de sanctions en cas de violation.

Abordant la question sensible des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), la Première ministre a mis en avant les efforts de Kinshasa, rappelant le protocole signé le 30 mai 2026 prévoyant leur désarmement et leur rapatriement. Elle a cité comme preuve concrète le rapatriement, le 8 septembre dernier, de 120 personnes associées aux FDLR avec le soutien de la MONUSCO.

Concernant la mission onusienne, la Première ministre a tempéré les perspectives de désengagement rapide. Kinshasa estime que la MONUSCO conserve un rôle crucial dans la protection des civils et le suivi du cessez-le-feu. Son retrait progressif devra strictement dépendre de l’évolution des conditions de sécurité sur le terrain et de la montée en puissance de l’armée nationale.

Cohésion nationale : Pas de confusion entre crise interne et agression extérieure

Sur le plan de la politique intérieure, Judith Suminwa a salué le lancement, le 28 août dernier, d’un dialogue national destiné à la paix et à la refondation de l’État, ouvert à toutes les forces politiques et sociales respectueuses de la Constitution et de l’intégrité territoriale.

Toutefois, la Première ministre a tenu à tracer une ligne rouge géopolitique très claire pour couper court à toute tentative de manipulation : « Aucun dialogue intérieur ne saurait transformer une agression extérieure en simple différend domestique ». Pour Kinshasa, la réconciliation interne ne se substituera jamais à la défense de la souveraineté face aux ingérences étrangères.

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