Par Emmanuel Medina
Le processus pour doter la République démocratique du Congo de données démographiques fiables est officiellement sur les rails. Ce mardi 29 septembre 2026, les opérations de cartographie censitaire ont démarré à Kinshasa. Cette étape technique cruciale ouvre la voie au deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH), un événement attendu depuis plus de quarante ans dans le pays.
Le cadre et les ambitions de ce chantier d’envergure ont été détaillés ce lundi lors d’un briefing de presse conjoint à la RTNC. Le ministre d’État chargé du Plan, Guylain Nyembo, accompagné du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a présenté ce recensement comme un impératif de planification, de modernisation et de souveraineté nationale.
« C’est une question de souveraineté. Nous voulons avoir nos propres données », a insisté Guylain Nyembo. Depuis quatre décennies, l’État congolais pilote ses politiques publiques sur la base de simples estimations démographiques. Le coût global de l’ensemble du processus est évalué à 192 millions de dollars américains, un financement sécurisé par le gouvernement en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).
Dès aujourd’hui, les opérateurs cartographes se déploient sur le terrain pour identifier les ménages à Kinshasa, avant d’étendre l’opération au reste du pays. Le gouvernement appelle la population à réserver un bon accueil aux agents recenseurs. Le recensement inclura toutes les personnes présentes sur le territoire national, ainsi qu’un mécanisme spécifique pour la diaspora.
Le calendrier officiel s’établit comme suit : Septembre 2026 le lancement de la cartographie censitaire, Juillet 2027 le dénombrement général de la population et Décembre 2027 la publication des résultats définitifs. Le ministre Patrick Muyaya a formellement rassuré l’opinion publique que l’exécution de ce calendrier ne constitue en aucun cas une menace pour la tenue des prochaines échéances électorales.
Face aux inquiétudes légitimes concernant les territoires de l’Est de la RDC, actuellement en proie à l’insécurité et à l’occupation rebelle, le porte-parole du gouvernement s’est voulu catégorique; les populations de Goma, de Bukavu et des zones sous influence de l’AFC/M23 ne seront pas abandonnées.
« Ce n’est pas l’occupation du Rwanda et de ses supplétifs qui va nous empêcher de déployer notre cartographie », a martelé Patrick Muyaya, précisant que des travaux préliminaires y ont déjà commencé. Pour l’exécutif, l’unité nationale se reflétera dans l’exactitude des données collectées, indispensables pour le développement futur de chaque province du pays.
Notons que, au-delà des chiffres ce recensement s’annonce comme un véritable test de souveraineté pour Kinshasa. Réussir à dénombrer les populations des zones sous occupation sera le signal fort que, malgré la guerre, l’État congolais refuse de céder le moindre centimètre carré de son administration au pouvoir des armes.













