Une semaine après la marche de la C64 contre le changement de la Constitution, l’UDPS est descendue à son tour dans la rue. Le 15 septembre, l’opposition avait appelé ses militants à manifester contre le référendum et contre toute modification de la loi fondamentale. Le 22 septembre, le parti présidentiel a choisi la même voie pour défendre Félix Tshisekedi, le dialogue national et le projet de changement de la Constitution. Au regard du même agenda, il est donc difficile de ne pas voir dans la marche de l’UDPS une réponse directe à celle de la C64.
Par Charles Muhindo
Les faits parlent d’eux-mêmes. Le lendemain de la marche de l’opposition, l’UDPS avait annoncé son propre rendez-vous pour le 22 septembre. Quelques jours plus tard, Augustin Kabuya a qualifié la manifestation de la C64 d’échec et appelé les militants de son parti à descendre dans la rue. Le débat, jusque-là mené dans les médias et sur les réseaux sociaux, s’est ainsi déplacé vers un autre terrain : celui de la mobilisation populaire.
À Kinshasa, le 15 septembre, les militants de la C64 avaient tenté de marcher contre le changement de la Constitution avant d’être confrontés à des violences attribuées par les organisateurs à des présumés membres de la Force du Progrès, structure proche de l’UDPS. Une semaine plus tard, le parti présidentiel a investi plusieurs grandes artères de la capitale. Son discours était cette fois à l’opposé de celui de la C64 : soutien aux institutions, au dialogue national et au référendum.
Devant la foule, Augustin Kabuya a clairement présenté la marche comme une réponse à la C64 et appelé Félix Tshisekedi à accepter le changement de la Constitution. Le secrétaire général de l’UDPS a ainsi profité de l’occasion pour soutenir le chef de l’État, mais aussi pour défendre l’idée que le projet de changement de la Constitution bénéficie d’un soutien populaire.
Dans le Katanga, la mobilisation a également été importante, avec la participation de plusieurs partis membres de l’Union sacrée. À Lubumbashi, notamment, l’UDPS a donné le ton le 22 septembre, quelques jours après une marche de la C64 qui n’avait pas pu aller à son terme dans la ville et au cours de laquelle plusieurs militants avaient été interpellés.
Après la mobilisation de la C64, voir les partisans du pouvoir descendre à leur tour dans les rues de Lubumbashi donne à cette initiative une portée particulière dans une région considérée comme un bastion de plusieurs figures de l’opposition.
Joseph Kabila, Moïse Katumbi ou encore Christian Mwando figurent parmi les principales personnalités politiques originaires du Katanga et opposées au régime de Félix Tshisekedi. À Kinshasa, d’autres figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund, disposent également de réseaux politiques importants.
Dans ces deux espaces, l’UDPS ne marchait donc pas sur un terrain politiquement vide. Sa manifestation pouvait aussi être lue comme une démonstration de force destinée à montrer à la C64 que le parti présidentiel dispose de capacités de mobilisation à Kinshasa comme dans le Katanga, malgré l’opposition au référendum et à la politique du chef de l’État.
Pourtant, l’UDPS a investi la rue sans que les principaux partis de l’Union sacrée soient tous mobilisés, particulièrement à Kinshasa. L’UNC de Vital Kamerhe, le MLC de Jean-Pierre Bemba et l’AFDC-A de Bahati Lukwebo n’ont pas mobilisé leurs membres de manière comparable pour cette marche. Dans la capitale, la manifestation a donc principalement porté la marque de l’UDPS, même si quelques autres formations l’ont accompagnée.
C’est aussi là que se situe l’un des principaux enjeux de ces deux mobilisations. En sept jours, la C64 puis l’UDPS ont utilisé la rue pour défendre deux positions opposées sur la Constitution. Le 15 septembre, l’opposition voulait montrer que les Congolais étaient opposés au référendum et au changement de la Constitution. Le 22 septembre, le parti présidentiel a, à son tour, voulu démontrer qu’il disposait de militants prêts à descendre dans la rue pour défendre le référendum et Félix Tshisekedi.
Sur le plan de la mobilisation observée dans les rues, le camp favorable au changement de la Constitution a réuni une forte participation. Plusieurs facteurs peuvent toutefois expliquer cette différence, notamment l’encadrement des forces de l’ordre, l’absence de violences majeures lors de la marche de l’UDPS, la participation de certaines Églises de réveil et les moyens dont dispose le parti présidentiel au sein du pouvoir.
La C64, de son côté, a dénoncé des violences contre ses militants, faisant état de blessés et d’interpellations. En une semaine, la rue est ainsi devenue l’un des principaux espaces de confrontation politique entre le camp présidentiel et une partie de l’opposition autour du référendum et de l’avenir de la Constitution.













