Par Emmanuel Medina
Le gouvernement de la République démocratique du Congo passe résolument à l’offensive pour transformer structurellement son modèle économique. Ce mardi 11 août 2026, le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a accordé une audience stratégique à Hervé François Otschudi Omanga, représentant pays du géant mondial du négoce Trafigura en RDC.
Cette rencontre marque une étape clé dans la stratégie de l’exécutif congolais visant à mobiliser des capitaux privés d’envergure pour lever les goulets d’étranglement logistiques et énergétiques qui freinent la compétitivité et la production nationale.
Au cœur des échanges entre le patron de l’Économie nationale et le représentant de Trafigura figure le déploiement d’investissements massifs dans quatre domaines prioritaires : le renforcement des capacités énergétiques, indispensable pour alimenter les futures usines de transformation ; la modernisation logistique, afin de fluidifier les échanges commerciaux à travers le pays ; le stockage massif, pour sécuriser l’approvisionnement des marchés intérieurs et stabiliser les prix ; et la valorisation industrielle sur le sol national, pour rompre définitivement avec le modèle d’exportation brute.
Le choix de Trafigura s’appuie sur l’expertise globale de ce groupe, acteur mondial de premier plan qui gère déjà d’importants réseaux d’infrastructures de transport, d’entreposage et de distribution d’énergies à l’échelle internationale. Déjà ancrée en RDC à travers la gestion des minerais stratégiques, l’entreprise entend mettre à profit sa maîtrise des chaînes d’approvisionnement pour connecter plus efficacement les ressources congolaises aux marchés mondiaux.
Les discussions ont mis en lumière les premiers succès des infrastructures multimodales de la région, notamment le projet du corridor de Lobito dans lequel Trafigura est un acteur majeur. Ce corridor ferroviaire, devenu central pour le désenclavement du Katanga minier, a permis de réduire le temps de transit terrestre à environ sept jours, offrant une alternative ultra-performante aux voies d’évacuation traditionnelles vers l’océan Atlantique.
Cependant, Kinshasa rappelle que l’évacuation des minerais ne suffit plus. Les carences structurelles en électricité et en infrastructures de transport restent le principal frein pour les entreprises locales. En s’appuyant sur le réseau mondial de terminaux de Trafigura, les autorités congolaises ambitionnent de sécuriser les flux énergétiques et de bâtir un véritable tissu industriel le long de ces voies de communication.
Cette offensive ministérielle concrétise les orientations défendues par Daniel Mukoko Samba lors du Katanga Business Meeting 2026. Le ministre de l’Économie nationale y avait fermement réaffirmé sa volonté de sortir la RDC d’une économie de rente purement extractive.
Il sied de noter que, ce changement de paradigme vise en priorité la filière du cobalt. Pour le gouvernement, l’exportation de minerai brut doit céder la place à une chaîne de traitement et de transformation locale à forte valeur ajoutée, soutenue par des infrastructures énergétiques et logistiques durables.













