RDC : Le football pour unir, pas pour régler des comptes ; laissons les Léopards en dehors des querelles politiques

RDC : Le football pour unir, pas pour régler des comptes ; laissons les Léopards en dehors des querelles politiques

Par Gédéon Antibu

La performance réalisée par les Léopards face au Portugal a suscité une immense vague de fierté à travers la RDC. Dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays, les tensions politiques et les nombreuses difficultés auxquelles les Congolais sont confrontés, cette rencontre a offert un rare moment de joie collective. Pendant quelques heures, les divergences politiques, les frustrations et les inquiétudes ont laissé place à un sentiment d’appartenance commune autour du drapeau national.

Cette célébration n’a pas concerné uniquement Kinshasa ou les grandes villes du pays. L’enthousiasme s’est également fait sentir au sein de la diaspora congolaise et jusque dans les zones actuellement sous contrôle de l’AFC/M23. Ceci a conduit à une conclusion : malgré les divisions politiques, les conflits armés ou les tensions communautaires, les Congolais demeurent unis autour de certains symboles. Parmi ces symboles, l’équipe nationale de football occupe une place particulière.

C’est justement parce que les Léopards appartiennent à tous les Congolais que les tentatives de récupération politique provoquent aujourd’hui autant de réactions. Depuis la rencontre contre le Portugal, certains observateurs estiment que des acteurs politiques cherchent à transformer cette performance sportive afin d’en tirer des dividende politiques. Une victoire qui aurait dû rester un moment de rassemblement est en train de risquer contourner vers les querelles qui opposent souvent les différents camps.

Les critiques sont surtout nées après les déclarations de Félix Tshisekedi devant la diaspora congolaise. Alors que l’attention était encore tournée vers l’exploit réalisé sur le terrain, le chef de l’État a profité de l’occasion pour aborder des questions politiques et s’est attaqué à certains de ses adversaires, particulièrement Joseph Kabila. Pour plusieurs observateurs, ce mélange entre la célébration sportive et le combat politique a donné l’impression que l’émotion provoquée par les Léopards a servi aussi de cadre à d’autres messages.

C’est dans ce contexte que Martin Fayulu a choisi de réagir. Dans un communiqué intitulé  » Pas de récupération grossière », l’opposant estime que lorsque les Léopards excellent, c’est tout le Congo qui gagne. Mais il rappelle également que lorsque le pays fait face à l’occupation d’une partie de son territoire, à l’insécurité ou à d’autres crises nationales, c’est également toute la nation qui en subit les conséquences. À travers ce message, il semble dénoncer ceux qui cherchent à tirer profit politiquement d’un succès qui appartient avant tout aux joueurs et à l’ensemble du peuple congolais.

L’idée défendue par Fayulu est que le patriotisme ne peut pas se limiter à célébrer les victoires sportives lorsque celles-ci apportent de la popularité. Selon lui, le véritable patriotisme se mesure dans la défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale, de la sécurité des citoyens et du bon fonctionnement des institutions. Autrement dit, les performances des Léopards ne devraient pas servir à détourner l’attention des défis auxquels le pays continue d’être confronté.

Parce qu’au final, il faut se poser une question simple : à qui appartiennent les Léopards ? La réponse semble évidente. Ils ne représentent ni le pouvoir, ni l’opposition, ni une région particulière du pays. Ils représentent la République démocratique du Congo dans toute sa diversité. Parmi leurs supporters se trouvent des partisans du régime, des opposants, des citoyens non alignés, des Congolais vivant à l’étranger et d’autres vivant dans des régions touchées par les conflits.

C’est précisément ce qui rend le football si particulier. Là où la politique crée souvent des camps opposés, le sport parvient parfois à réunir des citoyens qui ne partagent pourtant pas les mêmes idées. Pendant un match de l’équipe nationale, les appartenances politiques passent généralement au second plan. Ce qui compte, c’est le maillot, le drapeau et l’espoir de voir le pays briller.

La joie observée après la rencontre contre le Portugal a démontré que cette capacité de rassemblement existe encore. Dans un pays frappé par des crises, les Léopards ont réussi à offrir un moment d’unité que peu d’autres événements sont aujourd’hui capables de produire. C’est sans doute pour cette raison que de nombreux Congolais considèrent qu’il faut préserver cet espace de communion nationale.

Transformer les performances de l’équipe nationale en instrument de combat politique risque au contraire d’affaiblir ce qui fait leur force. Une victoire sportive ne devrait pas devenir un prétexte pour attaquer des adversaires, régler des comptes ou améliorer son image politique. Elle devrait rester ce qu’elle est avant tout : une source de fierté partagée par toute une nation.

Derrière la critique de la récupération politique de Martin Fayulu se trouve l’idée que certaines choses doivent rester au-dessus des combats partisans. Les Léopards font partie de ces rares symboles capables de rassembler des Congolais qui, sur presque tout le reste, sont souvent en désaccord. Dans une période où le pays traverse de nombreuses épreuves, cette unité a une valeur particulière. Elle mérite d’être protégée. Car si la politique divise souvent les Congolais, le football continue parfois à leur rappeler qu’au-delà de leurs différences, ils appartiennent toujours à une même nation : le Congo.

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