Par Siméon Isako et Emmanuel Medina
Le Conseil Économique et Social (CES) de la République Démocratique du Congo a officiellement ouvert sa session ordinaire d’octobre 2026. Dans un discours magistral et sans complaisance prononcé par son président, Jean-Pierre Kiwakana, la troisième assemblée du pays a dressé un état des lieux sans fard des crises multiformes qui secouent la nation. Face aux défis sécuritaires, sanitaires et économiques, le CES appelle à placer l’humain au centre des priorités étatiques et à rompre avec les privilèges politiques au profit du mérite.
Le président du CES a débuté son état des lieux par la situation sanitaire dramatique dans l’est du pays, frappé par la 17ème épidémie de maladie à virus Ebola souche Bundibugyo. Cette crise, désormais plus que sanitaire, menace de faire basculer près d’un million de Congolais de plus dans l’extrême pauvreté et asphyxie l’économie locale. Au-delà de la riposte médicale, Jean-Pierre Kiwakana a insisté sur l’éthique du personnel soignant pour restaurer la confiance des populations.
Sur le plan environnemental, le constat est tout aussi alarmant. Le CES dénonce avec force la pollution minière dans l’espace Grand Katanga, la Grande Orientale et le Grand Kivu, où les rejets de métaux lourds contaminent les sols et les cours d’eau, réduisant l’espérance de vie des riverains. À Kinshasa, si les actions d’urgence de la Task Force du Service National contre l’insalubrité ont été saluées, le CES préconise un cadre réglementaire répressif strict pour contraindre les ménages et les entreprises au civisme. Enfin, à l’approche de la COP31 à Antalya, la RDC est invitée à faire valoir son capital naturel stratégique forêts et tourbières pour obtenir de réels dividendes climatiques, notamment grâce à la nouvelle loi sur le marché du carbone qui garantit au moins 20 % des revenus nets aux communautés locales.
Abordant la situation économique, Jean-Pierre Kiwakana a fustigé la dépendance excessive du budget public envers l’exploitation minière qualifiant d’« hérésie » une politique fiscale basée sur l’illusion d’une croissance minière éphémère, il invite le gouvernement à diversifier l’économie, à rationaliser l’administration et à soutenir activement les PME. D’autant plus que l’automatisation et l’intelligence artificielle menacent à moyen terme de priver la main-d’œuvre locale des emplois du secteur minier. Face à un taux de chômage préoccupant et à une économie informelle prédominante, le CES salue la mise en place de recrutements sur concours dans les entreprises publiques pour privilégier enfin les compétences aux réseaux d’influence.
Le secteur de l’éducation a également fait l’objet d’une critique acerbe. Le président du CES appelle à un audit intellectuel et technique rigoureux, établissement par établissement, du système Licence-Master-Doctorat (LMD), estimant que ses subtilités ne sont pas maîtrisées sur le terrain. Il plaide pour une uniformisation des standards universitaires à travers le territoire national afin de mettre fin à une « université à plusieurs vitesses » et suggère la création d’un Fonds national compétitif pour la recherche scientifique.
Sur le plan politique et sécuritaire, dans un contexte mondial instable et marqué par la persistance de la guerre à l’Est de la RDC, le CES apporte son soutien total au dialogue national convoqué par le Chef de l’État. Qualifiée d’initiative indispensable pour consolider la cohésion nationale, cette démarche devra se distinguer par son ancrage territorial à l’écoute des 26 provinces, et ne pas se transformer en un simple partage de privilèges politiques.
Il sied de noter que, Jean-Pierre Kiwakana a rappelé que la force du Conseil Économique et Social réside dans l’indépendance de son jugement et la rigueur technique de ses propositions. Cette session d’octobre 2026 s’annonce ainsi particulièrement dense, avec l’examen prévu de dix-sept thématiques majeures pour éclairer l’action publique et défendre les intérêts fondamentaux du peuple congolais.













