Suspension des activités académiques à Goma et Bukavu : quand les étudiants paient le lourd tribut du bras de fer entre Kinshasa et le M23

Suspension des activités académiques à Goma et Bukavu : quand les étudiants paient le lourd tribut du bras de fer entre Kinshasa et le M23

La suspension par le gouvernement congolais des activités académiques dans plusieurs établissements publics de Goma et de Bukavu pour l’année 2026-2027, affecte non seulement les autorités académiques, mais aussi des étudiants. Des milliers de jeunes sont contraints de trouver d’autres alternatives pour poursuivre leurs études, alors qu’ils vivent déjà dans des villes touchées par la guerre.

Par Charles Muhindo

Le gouvernement remet en cause la nomination par l’AFC-M23 des responsables à la tête des établissements publics dans les zones sous son contrôle. La désactivation des salaires des responsables concernés s’inscrit d’ailleurs dans cette logique. Cependant, cette mesure soulève une inquiétude majeure : Kinshasa sanctionne-t-il réellement le M23 ou prive une part de sa jeunesse de l’éducation ?

Les conséquences sont beaucoup plus grandes pour les étudiants. Ceux qui veulent poursuivre leur formation sont contraints de changer d’établissement ou de se rendre dans une autre ville non contrôlée par la rébellion. Mais cette réorientation n’est sans conséquence financière et logistique, alors que les populations de Goma et de Bukavu font déjà face à plusieurs difficultés économiques , exacerbées par l’instabilité sécuritaire et la fermeture de certains services.

Face à cette décision, l’ancien député Juvénal Munubo élu du Nord-Kivu, exhorte les autorités à revoir cette mesure, estimant que les étudiants ne peuvent pas être tenus responsables de l’occupation de leurs villes et que l’accès à l’éducation ne dépendrait pas du lieu de résidence d’un Congolais.

« La ministre a-t-elle tenu compte de l’intérêt des étudiants de Goma et de Bukavu qui ne sont pas complices de l’occupation étrangère du territoire national ? Les décideurs politiques sont-ils conscients des difficultés qu’endurent les populations du Nord et du Sud-Kivu : banques fermées, aéroports fermés, services publics délocalisés à Beni et Uvira ? », s’est-il interrogé.

Le prix à payer risque donc d’être lourd pour des jeunes qui n’ont aucun rapport sur le conflit. Certains pourront rejoindre d’autres établissements. D’autres n’en auront peut-être pas les moyens. Tandis que d’autres, dont les filières sont rares, cette suspension pourrait entraîner une année blanche.

De son côté, le prix Nobel Denis Mukwege condamne les nominations effectuées par l’AFC/M23, mais fustige la réaction de Kinshasa visant à interrompre les études, arguant que l’éducation doit rester en dehors du conflit.

« L’éducation de nos jeunes est sacrée et non négociable ! […] L’avenir de notre jeunesse ne peut pas être la monnaie d’échange des calculs politiques ou des ambitions territoriales, ni être traité comme un simple dommage collatéral », a-t-il écrit sur X.

La même inquiétude ressort du message de Francine Muyumba qui a appelé la « dépolitisation » des salles de classe et à préserver l’éducation, la santé et l’aide humanitaire. Pour elle, la bataille entre l’AFC-M23 et Kinshasa devrait se jouer loin des universités.

Pendant que le gouvernement veut maintenir l’autorité de l’État sur les établissements concernés, les étudiants vivant dans à Goma et Bukavu sont victimes de ce bras de fer.

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