Félix Tshisekedi a de nouveau traversé le fleuve Congo le lundi 10 août pour rencontrer son homologue Denis Sassou Nguesso à Brazzaville. Selon la présidence de la République, les 2 chefs d’État ont échangé sur des questions d’intérêt commun, notamment les relations entre les 2 pays et plusieurs questions régionales et internationales.
Par Charles Muhindo
Mais cette nouvelle visite attire particulièrement l’attention au regard de la situation politique que traverse la RDC. Elle intervient à seulement 4 jours de l’expiration de l’ultimatum lancé par la coalition C64, qui demande au chef de l’État de convoquer un dialogue national inclusif au plus tard le 15 août. Pour l’instant, aucune ordonnance présidentielle n’a encore officiellement lancé ce processus même si le président congolais a déjà donné son accord pour le dialogue.
Le choix de Brazzaville n’est pas non plus anodin. Depuis quelques semaines, Denis Sassou Nguesso est régulièrement contacté quant aux démarches pour calmer les tensions politiques en RDC. Il y a peu, en juillet dernier, le président du Congo-Brazzaville a notamment échangé avec le cardinal Fridolin Ambongo au moment où la manifestation de l’opposition prévue le 22 juillet à Kinshasa faisait craindre un climat inédit.
Au cours de la même période, l’ancien président guinéen Alpha Condé a lui aussi séjourné à Brazzaville. Il y avait rencontré Martin Fayulu et le cardinal Fridolin Ambongo. Ces échanges avaient notamment porté sur la situation politique en RDC et sur la manifestation que l’opposition avait finalement décidé de reporter à une date ultérieure.
Aujourd’hui, une nouvelle étape approche. La C64 a fixé au 15 août la date limite pour la convocation du dialogue national. Si aucun signal n’est donné d’ici là, l’opposition a déjà annoncé qu’elle pourrait reprendre ses actions dans la rue pour exiger le départ du chef de l’État. Au regard de ce tableau, la question se pose donc : cette nouvelle visite de Félix Tshisekedi à Brazzaville n’est-elle pas aussi une nouvelle démarche pour éviter une nouvelle crise politique en RDC ?
Officiellement, rien ne permet de l’affirmer. La présidence n’a pas indiqué que le dialogue national ou l’ultimatum de la C64 figuraient au menu des discussions entre les 2 dirigeants. Mais, cette question vaut tout son pesant d’or si l’on considère les manœuvres récemment faites par Kinshasa pour désamorcer la mobilisation des opposants. En effet, Félix Tshisekedi a multiplié des contacts avec plusieurs dirigeants de la région, notamment le président burundais Évariste Ndayishimiye et Denis Sassou Nguesso.
Le chef de l’État pourrait ainsi chercher auprès de son homologue brazzavillois des conseils ou un appui pour éviter que la situation ne se tende davantage après le 15 août, considérant que Brazzaville a déjà été au centre de plusieurs démarches lorsque Kinshasa cherchait à empêcher la manifestation du 22 juillet. Une nouvelle intervention de Sassou Nguesso auprès de certains acteurs politiques congolais n’est donc pas impossible, même si, pour l’instant, rien ne permet encore de dire qu’une telle démarche est en cours.
Le problème reste cependant entier à Kinshasa. Le pouvoir et l’opposition ne s’entendent toujours pas sur les conditions d’un éventuel dialogue. La C64 réclame un processus inclusif et veut notamment que les grandes questions qui divisent actuellement la classe politique soient mises sur la table. De son côté, le pouvoir continue d’évoquer la crise sécuritaire dans l’Est du pays et l’agression rwandaise via le M23.
À cela s’ajoute le dossier de la Constitution. La Cour constitutionnelle a récemment déclaré recevable la proposition de loi portant organisation du référendum. L’opposition demande l’arrêt de cette démarche et accuse le pouvoir de vouloir ouvrir la voie à une modification de la Constitution qui permettrait à Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat.
C’est donc dans ce climat que le 15 août approche. La date pourrait devenir un nouveau point de départ pour les manifestations annoncées par l’opposition si le dialogue n’est pas convoqué. Après les marches évitées du 8 et du 22 juillet, une nouvelle mobilisation pourrait accentuer la pression sur le pouvoir en place et créer une situation difficile à Kinshasa et dans le pays.
La nouvelle visite de Tshisekedi à Brazzaville arrive ainsi à un moment où plusieurs questions restent sans réponse. Cherche-t-il simplement à échanger avec un voisin et allié régional sur des questions d’intérêt commun ? Ou veut-il encore solliciter Sassou Nguesso pour aider à désamorcer la crise avant qu’elle ne reprenne de l’ampleur ?
Pour l’instant, il n’y a pas de réponse. Mais à 4 jours de l’expiration de l’ultimatum de la C64, le déplacement de Félix Tshisekedi à Brazzaville ne peut qu’interroger. Le 15 août donnera peut-être les premiers éléments de réponse.













