Ex-parti au pouvoir en RDC durant plus de 16 ans, le PPRD aujourd’hui à l’opposition, doit désormais se battre comme un diable au feu pour assurer sa survie politique, alors que ses principaux leaders sont soit en exil, soit entre 4 murs ou encore réduits au silence. 24 ans, jour pour jour ce 31 mars 2026, la formation de Kabila risque de connaître le triste sort du MPR de Mobutu.
Par Gédéon ATIBU
Le 31 mars 2002 reste une date marquante dans l’histoire politique de la République démocratique du Congo. Ce jour-là, naissait le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), une formation appelée à devenir, durant plusieurs années, le pilier du pouvoir en place. Selon l’historien Benjamin Babunga, l’idée de sa création aurait germé dans l’esprit de Joseph Kabila alors que se tenait le premier round du dialogue inter-congolais à Sun City, en Afrique du Sud. Le jeune président cherchait alors à doter sa vision politique d’un instrument structuré capable de l’accompagner dans la gestion du pays.
Ainsi vit le jour le PPRD, avec une dénomination porteuse de sens. Le « Parti du Peuple » traduit la volonté de placer le citoyen congolais au cœur de l’action publique, comme sujet et finalité de l’État. La « Reconstruction » renvoie au contexte d’un pays meurtri par les conflits, où tout ou presque était à rebâtir. Quant à la « Démocratie », elle incarnait l’ambition d’un système fondé sur le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Comme le rappelle l’historien Benjamin Babunga, à sa création, le parti a été dirigé par Chikez Diemu comme secrétaire général, assisté de Paul Bandoma et de madame Sombo. Par la suite, plusieurs équipes se sont se succéder à la tête du parti, notamment celle conduite par Vital Kamerhe, entouré de Marie-Ange Lukiana, Philémon Mukendi et Maker Mwangu Fwamba. Viendra ensuite l’équipe dirigée par le professeur Evariste Boshab, assisté de Marie-Madeleine Mienze Kiaku, puis celle du professeur Henri Mova Sakanyi, épaulé par Micheline Kulumba, Célestin Tunda Ya Kasende et Emmanuel Ramazani Shadary. Aujourd’hui, c’est Emmanuel Ramazani Shadary, ancien candidat à la présidentielle de 2018, qui dirige le parti.
La baptême de feu
Mais, 24 ans après sa création, le PPRD traverse une période particulièrement difficile. Depuis janvier 2019, il a perdu le pouvoir après l’avoir exercé pendant de longues années. Comme on peut le dire, le parti est né avec le pouvoir et n’avait, jusqu’en fin 2020, connu l’opposition politique. Mais, la situation a basculé quand, à cette fin de 2020, il a perdu la majorité parlementaire et a connu une vague de départs dont celle de principaux cadres, y compris certains membres fondateurs devenus, depuis, de principaux critiques de Kabila pour le compte de Félix Tshisekedi.
Aujourd’hui en exil, l’ex-président fait lui-même face à de graves accusations, notamment celle d’être lié au M23 qui secoue l’Est du pays. Dans ce contexte, le régime en place l’a même déchu de son statut honorifique de sénateur à vie et l’a même condamné à mort, faisant de lui un fugitif. Sur le plan interne, le parti, affaibli, est sous pression : plusieurs cadres sont en exil, d’autres contraints au silence, tandis que les activités du PPRD ont été suspendues par les autorités du pays.
En même temps, 2 figures importantes du parti, Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, ont été arrêtées et sont détenues depuis plusieurs jours, sans suite. Face à ces pressions du pouvoir, le parti semble paralysé. Ses membres peinent à organiser des actions de mobilisation et nombreux hésitent même à prendre la parole en public ou aux médias pour éviter d’être traqués et éventuellement arrêtés par les services.
Dans ce contexte politique étouffant et peut-être sans espoir s’il faut y mettre un grain de sel, l’idée d’un de retour au pouvoir est de plus en plus chimérique, surtout dans un contexte où le pouvoir en place affiche clairement ses ambitions de changer la constitution afin de prolonger son maintien à la tête du pays. Dès lors, 24 ans après sa création, le PPRD n’est plus que l’ombre de lui-même. Déjà affaibli à l’interne, secoué par des pressions politiques, le parti vacille et se retrouve engagé dans une lutte incertaine pour sa propre survie, avec en toile de fond le risque réel d’une disparition à venir, sauf si, grâce à on ne sait quel miracle, il réussit à se réconcilier avec Tshisekedi ou à se hisser de nouveau au pouvoir.












