RDC : Bahati face à l’exclusion après le but contre son camp, voici les enjeux

C’est acté. Modeste Bahati ne s’en sortira pas. À l’Union Sacrée, on pardonne rarement les fautes tactiques. Comment le retour de la manivelle se prépare-t-il ? En politique averti, Bahati savait le sort qui lui serait réservé après sa conférence de presse du mercredi 4 mars 2026.

Par Gédéon ATIBU

Modeste Bahati Lukwebo est sur les traces de Vital Kamerhe. Si ce dernier, pour des actes moins légers, n’a pu se tirer d’affaire, Bahati n’y échappera sans doute pas. À l’Union Sacrée, son exclusion se murmure d’ores et déjà.

Longtemps accusé de garder silence face à l’avancée de l’AFC/M23, il semble s’être exprimé au mauvais moment. Non pas pour condamner l’agression rwandaise, mais pour dénoncer un rapport « erroné » faisant état de son actionnariat dans une société ayant racheté la succursale de la BRALIMA à Bukavu. Plus grave encore, sur le débat concernant le changement de Constitution, le 2e Vice-président du Sénat a estimé que le pays n’a pas un problème de textes, mais plutôt d’hommes. Une manière de rejeter ce projet de révision constitutionnelle perçu comme servant des « politiciens ».

Une levée de boucliers au sein de la majorité

Cette position tranchée soulève une levée de boucliers au sein de l’Union Sacrée, dont il est pourtant membre du Présidium. Elle trahit frontalement la ligne tracée par la famille politique du chef de l’État.

« Qu’on mette d’abord fin à l’agression rwandaise. Demande-t-on à Volodymyr Zelensky, qui est hors mandat, s’il se prépare aux élections ? De toute façon, si on en organisait aujourd’hui, qui d’autre pourrait les gagner, si ce n’est Félix Tshisekedi ? », a réagi André Mbata, Secrétaire Permanent de l’Union Sacrée.

Il est désormais difficile, au sein de la plateforme, d’afficher une opinion contraire sur les stratégies de conservation du pouvoir. Déo Bizibu, Secrétaire Général Adjoint de l’UDPS, a également fustigé la sortie médiatique du sénateur : « Le constat ici est simple: le sénateur Bahati Lukwebo ne partage plus la même vision avec les sociétaires de l’Union Sacrée ».

Cette lecture sonne comme une désapprobation de l’appartenance du leader de l’AFDC à la majorité. C’est ce qui justifie la motion de défiance du Sénateur Dany Kabongo Bondanya contre le 2e vice-président du Sénat. Pour ce dernier, Bahati doit tirer toutes les conséquences de sa « rupture idéologique. »

L’enjeu du Sud-Kivu

Cette vive polémique est notamment alimentée par des originaires du Sud-Kivu, comme lui. Ils y voient une occasion d’afficher leurs ambitions afin d’être mieux positionnés au sein de l’Union Sacrée. Après Kamerhe et maintenant Bahati, quel autre leader de leur calibre pourrait devenir le visage de la province sous l’ère Tshisekedi ? Des noms comme Willy Mishiki ou Justin Bitakwira circulent, mais ils n’ont pas encore le charisme ni l’influence de Bahati.

Conséquence à long terme pour la province

L’affaiblissement de Modeste, figure de proue du Sud-Kivu, risque de créer un « vide de leadership » au sein de la province. Dans une région en proie à l’activisme des groupes armés, l’absence d’un interlocuteur politique de poids et unificateur peut exacerber les clivages communautaires. Si les leaders locaux se déchirent pour succéder à Bahati au sein de l’Union Sacrée, cette instabilité politique pourrait être exploitée par les forces négatives pour renforcer leur influence, profitant d’une administration locale distraite par des luttes de positionnement à Kinshasa. Ce serait la fragilisation de la cohésion politique locale et sécuritaire.

Le risque de démobilisation populaire et de frustration est aussi à la porte : Le Sud-Kivu a toujours été un socle électoral majeur. La mise à l’écart successive de ses leaders naturels ( Kamerhe, puis potentiellement Bahati) pourrait nourrir un sentiment d’exclusion ou de « persécution politique » chez les populations locales. A long terme, cela risque de provoquer une rupture de confiance entre la base électorale du Sud-Kivu et le pouvoir central. Un telle frustration est souvent le terreau fertile de la récupération politique par des mouvements rebelles ou des courants d’opposition radicale qui risquent de compliquer davantage les efforts de pacification de l’Est du pays.

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