Par Gédéon ATIBU
Dans les zones du Kivu sous contrôle du M23, la vie quotidienne est intenable pour les habitants. Ces derniers, n’ayant à aucun saint saint sur qui se vouer, se résignent, attendant désespérément le retour de l’autorité de l’Etat dans la contrée. Face aux exécutions sommaires, aux menaces et intimidations, des surtaxations, la vie des Congolais au Sud-Kivu et Nord-Kivu ne vaut plus la peine d’être vécue.
Par exemple, ce que l’on observe aujourd’hui à Goma et à Lubero résume la situation que la population endure chaque jour. Cette peur de vivre sous le joug d’un groupe armé, associée aux difficultés économiques, les habitants font face à une situation qui rend malade. Et les cas visibles aujourd’hui ne sont qu’une petite partie de nombreux autres signalés dans ces zones depuis le début du conflit en fin 2021.
À Lubero, après le récent départ des rebelles de certaines localités, des découvertes macabres ont été faites. Cinq fosses communes, indique-t-on, ont été retrouvées dans des endroits où les combattants étaient installés. Ces fosses ont été signalées lors de l’avancée de groupes Wazalendo et se trouvent sur d’anciennes positions occupées par les rebelles. Ce seul exemple confirme les craintes exprimées depuis longtemps par les habitants, qui parlaient de disparitions et de personnes arrêtées sans jamais être relâchées. Aujourd’hui, beaucoup demandent que des enquêtes sérieuses soient menées pour connaître le nombre exact de victimes et comprendre ce qui s’est réellement passé même si on le sait déjà, si l’on s’en tient au modus operandi de la rébellion.
Face à ces découvertes, la peur a gagné les esprits. Les populations locales hésitent à s’approcher de ces sites et demandent l’intervention d’experts pour éviter toute manipulation des preuves, y compris même d’engins explosifs. Certains appellent aussi la communauté internationale à s’impliquer pour faire toute la lumière sur ces faits. Car pour les habitants, il ne s’agit pas seulement de découvrir des fosses, mais aussi de rendre justice aux victimes et de permettre aux familles de savoir ce qu’il est arrivé à leurs proches.
Pendant ce temps, à Goma, une autre forme de souffrance est imposée à la population. Ce jeudi 23 avril, plusieurs routes sont restées presque désertes. Les véhicules privés n’ont pas assez circulé, parce que les propriétaires n’arrivent plus à faire face aux coûts devenus trop élevés de la vie. D’une part, il y l’augmentation du prix du carburant suite à la guerre dans le Moyen-Orient mais, de l’autre, la rébellion a imposé des taxes qui ne font qu’accroître les charges. Dans un contexte où les banques sont restées fermées depuis fin janvier 2025, causant la délicate circulation de la monnaie liquide, beaucoup ont choisi de laisser leurs véhicules à la maison pour éviter de perdre davantage d’argent.
Même les transports en commun, qui continuent encore à fonctionner, ne sont malheureusement pas épargnés par les ordres du groupe armé. Les taxes journalières exigées ont fortement augmenté en très peu de temps, passant de 500 francs congolais à 10.000 francs pour certains cas. Cette hausse pèse directement sur les conducteurs, mais aussi sur les passagers, qui doivent payer plus cher pour se déplacer. Pour beaucoup d’habitants, se déplacer devient un luxe difficile à supporter. Mais, jusques-en quand?
Cette situation a des conséquences directes sur la vie économique et sociale. Les activités tournent au ralenti, les déplacements sont limités, et certains habitants préfèrent rester chez eux faute de moyens. Les petits commerçants, qui dépendent du transport pour leurs activités, sont aussi touchés. Peu à peu, la ville perd son rythme normal, et la pression augmente sur une population déjà affectée par des mois de conflit.
En un mot comme en mille, entre les fosses communes découvertes à Lubero et les taxes étouffantes imposées à Goma, les habitants du Nord-Kivu vivent une situation très dure. Ces 2 exemples montrent clairement les difficultés auxquelles les populations sont confrontées dans les zones sous contrôle du M23. Et pour beaucoup, sans changement sur le plan sécuritaire, la souffrance ne fera que se perpétuer. L’espoir s’évapore surtout face aux pourparlers interminables et surtout sans résultats tangibles entre Kinshasa et le M23.













