Chaque 30 avril, comme ce jeudi, la journée nationale de l’enseignement est célébrée dans tout le pays, pour rendre hommage aux enseignants. ces hommes et femmes considérés comme des piliers de la société congolaise, à qui l’on attribue la lourde responsabilité de former les enfants, de préparer l’avenir du pays et de jouer un rôle central dans la construction de la nation.
Par Reporter. CD
À cette occasion, les discours sont souvent remplis de reconnaissance et de respect, mettant en avant leur importance dans le développement du pays. Mais, une fois cette journée passée, la réalité quotidienne des enseignants reprend rapidement le dessus et elle reste loin d’être facile et enviable.
Aujourd’hui, les enseignants congolais vivent dans des conditions très difficiles, avec un salaire dérisoire, souvent payé en retard et qui ne leur permet pas de joindre les deux bouts, au point que certains ignorent même à quel moment ils seront payés. Avec ces revenus très faibles et irréguliers, il devient extrêmement compliqué de subvenir aux besoins essentiels, comme nourrir la famille, payer le loyer ou assurer les dépenses de base. La situation plonge beaucoup d’enseignants dans une situation d’angoisse permanente, car ils travaillent tous les jours sans pour autant pouvoir vivre dignement de leur métier, comme c’est d’ailleurs le cas pour nombreux fonctionnaires de l’Etat dans le pays.
Ce qui choque le plus, c’est que l’enseignement est toujours présenté comme une priorité nationale, et que tout le monde reconnaît qu’aucun pays ne peut avancer sans une éducation solide. Mais dans la réalité, ceux qui portent ce système au quotidien sont négligés. Les enseignants donnent beaucoup d’eux-mêmes, ils s’investissent pour transmettre le savoir et encadrer les jeunes, mais en retour, ils reçoivent très peu, souvent sacrifiés à l’autel des discours officiels qui s’écartent totalement de la réalité sur le terrain.
Dans certaines régions, surtout dans l’Est du pays, la situation est encore plus dramatique, car les enseignants y travaillent dans un contexte marqué par la guerre et l’insécurité permanentes, ce qui rend leur mission encore plus difficile. Malgré ces conditions, ils continuent de se rendre dans les écoles pour encadrer les élèves, futurs cadres du pays, et dans certains cas, ceux qui perçoivent un maigre salaire sont obligés d’aider leurs collègues qui ne sont pas encore payés par le gouvernement, considérées comme des nouvelles unités. Ce tableau prouve à quel point le système est désorganisé, car il n’est pas normal que des enseignants soient contraints de prendre en charge d’autres enseignants.
Un autre problème important reste le manque de considération réelle pour ce métier, alors même que tous les grands cadres du pays, qu’ils soient médecins, responsables politiques ou hommes d’affaires, sont passés par l’école et ont été formés par des enseignants. Pourtant, aujourd’hui, ces derniers figurent parmi les professionnels les moins bien traités, car ils sont souvent respectés dans les discours, mais très peu dans les faits. Les professionnels de la craie ont finalement le sentiment d’être des oubliés de la République, victimes d’injustice sociale, comparé à ce que des cadres politiques du pays reçoivent comme salaire tous les moins.
Depuis plusieurs années, les enseignants ne cessent de réclamer de meilleures conditions de vie, notamment un salaire décent, payé régulièrement et à temps, ainsi qu’une véritable reconnaissance de leur travail. Mais malgré ces revendications répétées, les changements tardent à venir. Cette absence de réponses concrètes finit par fatiguer et décourager de nombreux enseignants, même si certains continuent de tenir par amour du métier et par sens du devoir, malgré des conditions de plus en plus difficiles. Ces dernières semaines, face aux retards de paiement, certains ont appelé à une grève dans des écoles pour interpeller les autorités du pays.
Dans ce contexte, la journée du 30 avril pose une véritable question, car elle donne l’impression que tout va bien alors que la réalité est tout autre. Cette journée de célébration encense les enseignants, mais, au fond, elle masque en réalité une souffrance bien réelle, car beaucoup d’entre eux ont le sentiment d’être oubliés le reste de l’année et attendent surtout des solutions concrètes plutôt que de simples discours.
La résilience et la patience des enseignants qui continuent de faire leur travail avec courage et détermination, en restant présents dans les salles de classe pour enseigner et encadrer les élèves, même dans des conditions très dures, ne devrait pas être pris par l’Etat congolais comme un acquis. Bien qu’ils tiennent encore bon, leur situation ne doit pas durer indéfiniment sans amélioration, car tôt ou tard, elle finira par peser sur leur motivation et sur la qualité de l’enseignement. Or, si l’enseignement est au rabais, c’est la société entière qui court d’imprévisibles risques.
Les décideurs ont donc à tirer des leçons afin que cette journée ne soit plus qu’un simple moment de célébration, mais devienne un point de départ pour une réflexion sérieuse sur la situation des enseignants, car soutenir les enseignants, c’est soutenir l’avenir du pays. Si leurs conditions de vie ne s’améliorent pas, c’est toute la nation qui risque d’en subir les conséquences à long terme et les acteurs censés améliorer le système éducatif devraient être pris pour responsables.












