Pendant une longue période, le M23 a donné l’image d’un mouvement armé très confiant, convaincu de sa force et de sa capacité à modifier rapidement le rapport de force sur le terrain.
Gédéon ATIBU
Les prises successives de Goma, puis de Bukavu, ainsi que les avancées vers d’autres localités importantes de l’Est de la RDC, avaient développé un discours d’assurance et même d’orgueil au sein du mouvement. À ce moment-là, certains observateurs estimaient que la situation évoluait rapidement et que, dans l’esprit de ses membres (M23), la route vers Kinshasa n’était plus seulement un rêve mais un objectif que certains jugeaient possible à atteindre dans un court terme.
Cette idée de progression rapide a aussi influencé certains acteurs politiques et même militaires dans le pays, qui ont cru que le M23 pouvait bouleverser l’équilibre du pays. Des prises de position favorables ou des rapprochements ont été observés, avec l’idée que le pouvoir en place pouvait même tomber dans un avenir proche. À ce moment-là, beaucoup pensaient que la démarche militaire de la rébellion allait continuer sans frein et que son expansion vers d’autres régions allait se poursuivre.
Mais cette progression a été progressivement stoppée par des pressions militaires et surtout diplomatiques. Les opérations sur le terrain, combinées aux efforts internationaux pour contenir le conflit, ont entraîné des reculs visibles du M23. Le mouvement a dû se retirer de plusieurs zones dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, notamment dans certains territoires comme Lubero et d’autres localités du corridor de Fizi. L’élan initial s’est affaibli, laissant place à une situation incertaine
C’est dans ce contexte que le désespoir commence à s’installer dans les rangs des combattants. Selon la 34e Région militaire, 204 combattants du M23 se sont rendus aux FARDC entre avril et mai 2026. Ils viennent de différentes zones comme Lubero, Rutshuru, Masisi et Kalehe. Certains sont arrivés avec leurs armes, d’autres sans équipement, tous très fatigués. À leur arrivée, ils ont été pris en charge par l’armée et ont expliqué les difficultés vécues dans les rangs du mouvement.
Cette vague de redditions montre un écart entre les promesses du début et la réalité sur le terrain. D’un côté, les responsables du mouvement continueraient à profiter de certaines ressources et avantages. De l’autre, les combattants de base vivent dans des conditions difficiles, marquées par la faim, la fatigue et le manque de perspective pour l’avenir. Sans doute, ceci ne peut que créer de la frustration et pousse beaucoup à perdre espoir.
Dans ces conditions, l’idée d’une marche vers Kinshasa, autrefois présentée comme un objectif possible, apparaît aujourd’hui comme un rêve brisé pour plusieurs combattants. La situation du terrain ne reflète plus les ambitions du début, et les perspectives d’avancer vers d’autres grandes agglomérations semblent bloquées. Le moral des combattants des rangs ne peut qu’être affectés. Cela explique probablement d’ailleurs les nombreuses redditions observées ces derniers temps.
Le commandement de la 34e Région militaire continue d’encourager ceux qui quittent la rébellion à se rendre, en affirmant qu’ils seront bien accueillis. Dans ce climat, le désespoir gagne progressivement les rangs du M23, les espoirs de conquête ayant laissé place à une réalité totalement différente. Il n’est donc pas surprenant que, même sans offensives militaires, face à cette guerre d’usure, le M23 s’effondre de lui-même.













