À moins de 2 semaines de la marche annoncée par l’opposition, l’incertitude s’installe peu à peu en République démocratique du Congo. D’un côté, les opposants disent maintenir la pression contre le régime de Félix Tshisekedi et, de l’autre, les autorités multiplient les mises en garde contre ceux qui envisagent de troubler l’ordre public. Plus le 8 juillet approche, plus les signaux envoyés par les 2 camps donnent l’impression qu’un nouveau bras de fer est en train de se mettre en place après celui vécu le 12 juin dernier lors d’un sit-in de l’opposition prévu devant le Palais du peuple.
Par Gédéon Antibu
Depuis plusieurs semaines, la question du changement ou de la révision de la Constitution a permis aux opposants politiques de s’unir alors que jusqu’ici, ils apparaissaient divisés. Ils ont fini par s’accorder sur un même combat : s’opposer à toute modification de la Constitution. Cela lui a permis de se restructurer et de réapparaître plus ou moins organisée sur la scène politique à un moment où beaucoup la considéraient comme très affaiblie après les élections de 2023.
Et, ce souffle a encore été renforcé par la prise de position de la CENCO. En s’opposant elle aussi à toute révision constitutionnelle, l’Église catholique a renforcé un mouvement qui n’était plus seulement porté par les partis politiques. Dans un pays où la parole de l’Église pèse et compte, ce soutien donne davantage de poids aux revendications de l’opposition et permet de mettre en place une force susceptible de faire un véritable contrepoids au régime en place.
Le sit-in organisé le 12 juin devant le Palais du peuple a constitué la première véritable démonstration de cette nouvelle mobilisation. Même si l’action a vite été étouffée par les services de sécurité, faisant des blessés dont certains leaders de l’opposition, elle a surtout montré que les opposants étaient au fil du temps en train de se réorganiser et décidés à poursuivre leur campagne. Quelques jours seulement après cette mobilisation, ils ont annoncé une marche nationale le 8 juillet avec pour point de chute le Palais de la Nation et avec, cette fois-ci, une revendication beaucoup plus radicale : demander la démission de Félix Tshisekedi.
Alors que les jours approchent, les autorités, elles aussi, prennent des précautions. Le mercredi 24 juin, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a rappelé que la commune de la Gombe demeure une zone neutre où les manifestations publiques restent interdites. Selon le gouvernement, cette mesure vise à préserver la sécurité et à éviter tout trouble à l’ordre public dans cette contrée stratégique de la capitale. Mais cette précision est loin d’être anodine puisque le Palais de la Nation, où les opposants souhaitent terminer leur marche, se trouve justement dans cette commune.
Le ministre a également affirmé que les autorités disposaient d’informations selon lesquelles certains opposants envisageraient de tuer leurs propres militants afin d’en faire porter la responsabilité au pouvoir. Le gouvernement affirme vouloir prévenir et éviter des pertes en vies humaines. Mais au sein d’une partie de l’opinion, ces propos soulèvent déjà plusieurs interrogations.
Pour certains observateurs, ces avertissements prouvent que le pouvoir voit en face une opposition qui reprend progressivement ses forces, capable de résister et faire barrage aux démarches engagées. D’autres considèrent qu’il s’agit simplement de mesures préventives prises par les autorités avant une manifestation qui pourrait attirer un grand nombre de personnes.
Quelle que soit l’interprétation, il n’est pas moins faux que le climat politique devient de plus en plus incertain à l’approche du 8 juillet.
Au-delà de la marche elle-même, c’est aussi la capacité de l’opposition à maintenir son unité et sa mobilisation qui sera observée. Depuis plusieurs années, ses adversaires lui reprochent ses divisions et son incapacité à parler d’une seule voix. Le rendez-vous du 8 juillet pourrait donc permettre de mesurer si l’unité observée autour du débat constitutionnel est capable de se transformer en véritable contrepoids.
De son côté, le pouvoir se retrouve face à un défi qu’il ne semble plus vouloir minimiser. Les mises en garde régulières des autorités montrent que cette manifestation est suivie et attendue avec attention. Les prochains jours devraient ainsi être marqués par un vrai ring, dans un contexte où chaque camp cherche à démontrer sa capacité vis-à-vis de l’opinion publique.
Plus qu’une simple marche, le rendez-vous du 8 juillet apparaît désormais comme un test politique pour les 2 camps. Pour l’opposition, il s’agira de prouver qu’elle est capable de redevenir celle que le pays a connu sous Mobutu et Kabila. Pour le pouvoir, l’enjeu sera de gérer cette contestation sans donner l’impression qu’il cède à la pression de la rue. C’est ce qui explique sans doute pourquoi cette manifestation suscite déjà autant d’attention avant même sa tenue. En attendant, les signaux montrent que le 8 juillet pourrait de nouveau se transformer en un nouveau bras de fer entre le régime et l’opposition, surtout quand il s’agira de se diriger vers le bureau présidentiel pour exiger la démission du chef de l’Etat.













