RDC : 29 ans après sa mort, Mobutu attend toujours de rentrer au pays

RDC : 29 ans après sa mort, Mobutu attend toujours de rentrer au pays

Vingt-neuf ans après sa mort, Mobutu Sese Seko est toujours enterré au Maroc. L’ancien président du Zaïre est décédé le 7 septembre 1997 à Rabat, à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer de la prostate, une mort survenue quelques mois après sa chute. Le 16 mai 1997, il avait quitté le pouvoir après l’avancée de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, après avoir passé 32 ans à la tête du pays.

Par Charles Muhindo

Après son départ, Mobutu avait pris le chemin de l’exil. Selon l’histoire, il était notamment passé par le Togo avant de rejoindre le Maroc. C’est à Rabat qu’il a passé ses derniers mois et qu’il a été enterré dans un cimetière chrétien. Depuis, sa dépouille n’a jamais été ramenée en RDC. Près de trois décennies plus tard, l’ancien chef de l’État repose toujours loin du pays qu’il a dirigé pendant une grande partie de sa vie.

La question du rapatriement de son corps a pourtant été évoquée à plusieurs reprises. En 2007 déjà, l’Assemblée nationale avait recommandé le retour de ses restes au pays. Félix Tshisekedi avait lui aussi exprimé sa volonté de voir la dépouille de Mobutu revenir en RDC. Mais jusqu’à ce 7 septembre 2026, rien n’a encore été fait.

Ce qui bloque exactement ce retour reste difficile à comprendre. S’agit-il d’un problème entre l’État et la famille ? D’un désaccord sur le lieu où il devrait être enterré ? Ou simplement d’un dossier qui n’a jamais été réellement pris en charge ? Près de 30 ans après sa mort, aucune solution définitive n’a été trouvée.

Mobutu reste pourtant l’une des figures qui ont le plus marqué l’histoire politique du Congo. Arrivé au pouvoir en 1965, il a dirigé le pays jusqu’en 1997. En 1971, il rebaptise le Congo en Zaïre et lance la politique de l’authenticité. Son pouvoir est alors centralisé autour de sa personne et du Mouvement populaire de la révolution, devenu le parti unique du pays.

Toujours selon l’histoire, le régime de Mobutu est notamment marqué par la concentration du pouvoir, la répression des opposants et une forte dégradation de la situation économique au fil des années. Mais son passage au pouvoir est aussi associé, chez une partie des Congolais, à une période où l’État était beaucoup plus présent dans le pays et où le Zaïre occupait une place importante en Afrique centrale.

C’est notamment ce souvenir qui explique la nostalgie de certains anciens Zaïrois envers l’ancien dictateur. Pour eux, être Zaïrois représentait quelque chose. Le pays avait une identité valorisée par le pouvoir, et Mobutu cherchait à faire du Zaïre un État qui comptait dans la région. Même si le pays avait connu des rébellions et des difficultés, notamment au Shaba, l’image d’un État fort reste dans les souvenirs de ceux qui ont vécu cette période.

La chute de Mobutu en 1997 a ouvert une nouvelle page, mais elle n’a pas apporté la paix espérée. Après la prise du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila, le pays a aussitôt replongé dans la guerre. La deuxième guerre du Congo, entre 1998 et 2003, a impliqué plusieurs pays africains et de nombreux groupes armés. Depuis, l’Est de la RDC reste confronté à des violences qui n’ont fait que changer de forme au fil des années.

Aujourd’hui encore, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri sont en proie à l’insécurité, avec des attaques contre les civils, des déplacements de populations et des enlèvements attribués à des groupes armés. Les tensions avec les pays voisins, particulièrement avec le Rwanda, sont également au cœur de la situation sécuritaire dans l’Est. Le M23, que Kinshasa accuse d’être soutenu par Kigali, en est notamment une illustration.

Dans ce contexte, le nom de Mobutu revient régulièrement dans les conversations et les débats entre Congolais. Certains comparent la situation actuelle à celle du Zaïre et regrettent ce qu’ils considèrent comme l’autorité que l’État avait à l’époque. D’autres rappellent plutôt les dérives du régime et les difficultés économiques qui avaient marqué les dernières années de son pouvoir.

Il y a aussi cette phrase associée à Mobutu : « Après moi, le déluge ». Qu’elle ait été réellement prononcée dans ce sens ou qu’elle soit devenue une manière de résumer la fin de son règne, elle est aujourd’hui souvent utilisée lorsqu’on parle de la suite de son départ. Après 1997, le Congo a effectivement connu une longue période de guerres et d’instabilité, même si les causes de ces conflits sont nombreuses et ne peuvent pas être attribuées au seul départ de Mobutu.

Quoi qu’il en soit, 29 ans après sa mort, une réalité reste donc difficile à expliquer : pourquoi l’ancien président n’a-t-il toujours pas été ramené au pays ? Son corps se trouve toujours à Rabat et sa famille n’a jamais obtenu le rapatriement de sa dépouille. Même son épouse, Bobi Ladawa, vit toujours en dehors de la RDC.

Le retour du corps de Mobutu ne réglerait évidemment pas les problèmes actuels du pays. Mais son rapatriement permettrait de mettre fin à une situation qui dure depuis 1997. Ce 7 septembre 2026, alors que le pays commémore les 29 ans de la mort de Mobutu, le maréchal reste donc au Maroc. Celui qui a dirigé le Congo pendant 32 ans n’a toujours pas retrouvé sa dernière demeure dans le pays qu’il avait transformé en Zaïre. Et pendant que son corps attend toujours un éventuel retour, les Congolais continuent, eux, d’attendre la paix, particulièrement dans l’Est du pays.

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