RDC : De Goma à Kinshasa, les universitaires s’inquiètent pour l’avenir de l’enseignement supérieur

RDC : De Goma à Kinshasa, les universitaires s’inquiètent pour l’avenir de l’enseignement supérieur

Par Charles Muhindo

L’enseignement supérieur congolais traverse une période difficile, aussi bien dans les zones touchées par la guerre que dans les établissements restés sous le contrôle de Kinshasa. Plusieurs universitaires tirent la sonnette d’alarme sur la qualité de la formation, les conditions de travail des enseignants et les difficultés qui perturbent aujourd’hui le fonctionnement des universités.

Le professeur Laurent Onyemba dénonce notamment le manque d’enseignants suffisamment qualifiés dans plusieurs établissements. Des assistants et chefs de travaux se retrouvent ainsi à assurer des cours, alors que certaines universités manquent de personnel scientifique et académique.

L’universitaire s’inquiète également de certains parcours qui permettent, selon lui, à des personnes d’accéder rapidement au titre de professeur sans remplir toutes les conditions académiques. Il dénonce aussi ce qu’il appelle des « diplômes de mouvance », attribués, d’après lui, en fonction des régimes politiques successifs plutôt que du mérite.

Pour lui, l’État doit prendre des mesures afin de mettre fin à ces pratiques et d’améliorer les conditions de travail des enseignants. Sans cela, prévient-il, le pays risque de « programmer un génocide intellectuel », qu’il juge plus grave qu’un génocide sécuritaire.

Dans l’Est du pays, la guerre pose un autre problème à l’enseignement supérieur. À Goma et Bukavu, Kinshasa a suspendu les activités académiques dans plusieurs établissements publics après la nomination de nouveaux comités de gestion par l’AFC/M23.

Le professeur Muhindo Mughanda, ancien recteur de l’Université de Goma destitué par la rébellion, estime que cette décision constitue une mesure salutaire. Selon lui, elle permet de préserver la légalité des institutions universitaires congolaises dans les zones contrôlées par la rébellion.

Cette suspension laisse toutefois des étudiants sans cours et place plusieurs enseignants dans une situation difficile. Certains ont fui les zones devenues dangereuses, tandis que les parents continuent de supporter les conséquences économiques de la guerre.

Muhindo Mughanda appelle par ailleurs les universitaires à rester à l’écart des considérations politiques. Il demande à ceux qui ont choisi les armes de revenir à une solution permettant aux enseignants et aux étudiants de reprendre leurs activités dans des conditions normales.

Mais les problèmes ne se limitent pas aux zones occupées. Dans une réflexion sur « l’université congolaise en danger », Steve Mbikay cite notamment le cas d’une promotion de première licence de la faculté polytechnique de l’Université de Kinshasa qui aurait enregistré un échec général.

Pour lui, un tel résultat révèle des difficultés qui commencent bien avant l’université. L’ancien ministre de l’ESU remet notamment en cause l’enseignement secondaire, l’Examen d’État, l’enseignement des sciences, la pédagogie universitaire, la sélection des étudiants ainsi que le financement des établissements.

Ces différentes alertes montrent ainsi que l’enseignement supérieur congolais est confronté à plusieurs défis. À Goma et Bukavu, la guerre menace la continuité des études. À Kinshasa et dans d’autres villes, la qualité de la formation, l’encadrement scientifique et les conditions de travail constituent également des préoccupations majeures.

À ce stade, l’enjeu est donc de permettre aux universités de fonctionner, mais surtout de préserver la qualité de la formation et la valeur des diplômes congolais.

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