Près de 5,7 millions de dollars américains décaissés par le Trésor public en faveur du ministère provincial de l’Agriculture du Kwango sont au centre d’un autre débat. Un dossier qui surgit alors même que Muhindo Nzangi Butondo, ministre national de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, fait face à une motion de défiance à l’Assemblée nationale concernant la gestion présumée irrégulière de 57 millions de dollars destinés à l’entrepreneuriat agricole des jeunes.
Par Charles Muhindo
Selon une note de l’Agence pour la prévention et la lutte contre la corruption (APLC) datée du 20 octobre 2026, le Trésor public a décaissé 12 955 022 527 francs congolais au profit du ministère provincial de l’Agriculture du Kwango. Ce montant, estimé à environ 5,7 millions de dollars, était notamment destiné à l’acquisition d’équipements agro-sylvo-pastoraux ainsi qu’à la gestion et au suivi de la campagne agricole 2025-2026. L’APLC demande à la ministre provinciale, Josée Lulengwa, de fournir les pièces justificatives relatives à ces décaissements.
Dans une correspondance datée du 21 octobre, Josée Lulengwa a affirmé que son ministère n’avait reçu aucun des fonds mentionnés dans la note de l’APLC. Elle a également déclaré que son administration ne disposait d’aucun compte bancaire ouvert en son nom pour recevoir ces paiements. Le gouvernement provincial demande la poursuite des investigations afin d’identifier les véritables bénéficiaires des fonds. De son côté, la société civile du Kwango réclame des éclaircissements sur le circuit financier de ces ressources publiques.
Au niveau national, le dossier des 57 millions de dollars concerne le Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), financé par la Banque africaine de développement (BAD). Le 21 octobre, la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando a interpellé Muhindo Nzangi à l’Assemblée nationale sur l’utilisation de ces ressources, le nombre de jeunes effectivement financés et les résultats obtenus. Insatisfaite des réponses du ministre, elle a ensuite initié une motion de défiance contre lui.
Muhindo Nzangi a soutenu que les fonds étaient toujours disponibles et que les financements se poursuivaient progressivement. Il a notamment fait état de 1 107 jeunes bénéficiaires et de 17 millions de dollars déposés à la Banque centrale du Congo. La motion soulève néanmoins des interrogations sur la gestion du programme et réclame des explications sur l’utilisation des ressources prévues. À ce stade, les accusations de détournement restent à établir.
Les deux affaires concernent le secteur agricole, mais aucun élément présenté ne permet, pour l’instant, d’établir un lien entre elles. Il reste notamment à déterminer si les 5,7 millions de dollars signalés au Kwango font partie des 57 millions de dollars associés au PEJAB. L’origine budgétaire exacte des fonds décaissés au profit de la province et l’identité de leurs bénéficiaires doivent également être clarifiées.
Au Kwango, la ministre provinciale affirme n’avoir reçu aucun des fonds concernés, tandis qu’au niveau national, la gestion des financements destinés aux jeunes agriculteurs suscite des interrogations à l’Assemblée nationale. Les investigations devront permettre de retracer les mouvements financiers dans les deux dossiers, d’établir un éventuel lien entre eux et de déterminer les responsabilités.
L’opinion publique attend des réponses précises sur la destination de ces millions de dollars issus des ressources publiques. Les enquêtes devront établir si des irrégularités ont été commises et, le cas échéant, identifier les responsables afin qu’ils répondent de leurs actes. Elles devront également permettre de dissiper les soupçons si les faits ne sont pas établis.













